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Catherine Le Gall: “On ne pouvait pas dire qu’on ne savait pas”

Depuis Penmarc’h où elle réside, la journaliste d’investigation Catherine Le Gall a coécrit avec Denis Robert Les Prédateurs, une enquête qui donne un nom – ou plutôt deux – au monde de la finance et à ses dérives. Entretien avec une passionnée des (gros) chiffres qui s’interroge sur l’avenir d’un monde de plus en plus confisqué par une poignée de puissants...

BRETONS: Cette nouvelle enquête en forme de thriller politico-financier, coécrit avec Denis Robert, s’appelle Les Prédateurs. Qui sont-ils ?

CATHERINE LE GALL: Avec Denis, nous avons concentré nos recherches sur deux hommes d’affaires richissimes : le Belge Albert Frère et le Québécois Paul Desmarais. Il s’agit de frères siamois de la finance qui ont lié leur destin pour amasser des fortunes colossales, via notamment la création d’une holding commune baptisée Pargesa. Elle leur servait à investir dans différentes grandes entreprises en jouant sur les plus-values pour se faire de l’argent. Les Prédateurs est en quelque sorte la suite de ma précédente enquête (Dexia, une banque toxique, coécrit avec Nicolas Cori et paru en 2013 aux éditions La Découverte, ndlr). En tirant les fils de mon enquête sur la banque belge Dexia, je suis tombée sur le nom d’Albert Frère. Lors d’une rencontre avec Denis Robert à l’occasion d’un salon, nous en sommes venus à parler de lui, et il m’a révélé que lui aussi s’intéressait à Frère, notamment à son rôle dans l’achat du groupe Quick par la Caisse des dépôts et consignations en 2006. Un lanceur d’alerte, Jean-Marie Kuhn, l’avait interpellé sur cette transaction, et nous avons commencé tous les deux à mener l’enquête sur ce sujet.

Qu’a-t-elle révélé ?

Ce sont des milliers de pages d’instruction – l’affaire ayant été instruite devant la justice belge – et de procès-verbaux qui sont à décrypter. Il y apparaît une sorte de manœuvre consistant à faire grimper le prix de Quick de manière inexplicable, voire artificielle. Le groupe valait 300 millions d’euros en 2004 et a été vendu 760 millions d’euros deux ans plus tard. Or, le nombre de restaurants est resté le même, il n’y a eu aucune évolution notable… En fouillant, on découvre une possible entente préalable entre la filiale de la Caisse des dépôts et consignations, qui a procédé à l’achat, et l’équipe de vendeurs pour faire monter le prix. Or, Quick était à l’époque contrôlé majoritairement par GIB, une société en partie détenue par le groupe Albert Frère…

La justice belge a-t-elle pu aboutir ?

Non, en raison notamment d’un refus de la France de répondre favorablement à une demande de commission rogatoire qui aurait permis d’en savoir plus sur cette filiale de la Caisse des dépôts et consignations qui a procédé à l’achat. Elle semblait jouir d’une certaine autonomie dans ses actions et a procédé à une transaction très largement en sa défaveur, alors que le but d’un tel organisme est théoriquement de rapporter de l’argent, pas d’en perdre…

 

(…) Retrouvez l’intégralité de cet entretien dans le magazine Bretons n°147 de novembre 2018

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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