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Claude Champaud : “C’est le Célib qui a obtenu les quatre-voies gratuites”

Ancien conseiller régional, ex-président du Conseil économique et social, Claude Champaud fut également porte-parole du Célib. Ce Comité d’étude et de liaison des intérêts bretons fut une association originale, qui réunit de 1950 au début des années 1980 des élus de toutes tendances politiques, des universitaires, des patrons et des syndicalistes pour obtenir des avancées pour la Bretagne. Dans un ouvrage paru récemment, Claude Champaud revient sur cette aventure unique...

Bretons : Quelle est la situation de la Bretagne dans les années 1950, au moment de la création du Célib (Comité d’étude et de liaison des intérêts bretons) ? Joseph Martray, l’un de ses fondateurs, dit qu’elle pouvait “paraître quasi désespérée”…

Claude Champaud : C’est une région qui a été éprouvée par le fait même qu’étant en bordure de l’Atlantique, elle a connu des pertes pendant la guerre. Et surtout, c’est une région qui, depuis un siècle et demi, s’est assoupie. Après 1945, les Bretons retrouvent la Bretagne telle qu’elle était avant mais, pour des tas de raisons, ils s’aperçoivent qu’elle s’est assoupie. À ce moment-là, entre les années 1945 et 1950, après la reconstruction, apparaissent des signes de changement. D’abord, comme après toutes les guerres où il y a eu des destructions, on refait des choses plus modernes. Deux autres phénomènes sont importants. Le premier, c’est le retour des prisonniers qui étaient en Allemagne. Beaucoup étaient des cultivateurs. Ils ont découvert en Allemagne une agriculture moderne, les tracteurs, la comptabilité, des maisons ordinaires et pas des masures. Deuxième chose : la JAC (Jeunesse agricole chrétienne, ndlr) se met en place de façon très forte et essaye de maintenir les jeunes en Bretagne. Les mieux formés, les plus conscients de leur misère, les plus entreprenants s’en vont. Il faut donc trouver quelque chose pour les fixer.
Dans un premier temps, la Bretagne s’anémie, à cause des départs qui se font surtout vers Paris. Mais, dans un deuxième temps, une grande partie des Bretons – et pas seulement des notables – ont eu une prise de conscience. Ils se sont rassemblés et c’est là que s’est produit le miracle célibien : ils ont décidé de mettre de côté leur fractionnement politique, sociologique, leurs intérêts localistes, pour chercher un destin commun à un ensemble qui était la Bretagne.

Des gens de tendances politiques différentes se sont unis dans cette association, le Célib…

Joseph Martray était plutôt classé à droite parce qu’il était régionaliste breton, Halléguen était un gaulliste pur jus, le président de la coopérative de Landerneau était un notable paysan, Le Strat était un enseignant socialiste…

Vous rappelez que c’est bien le Célib qui a obtenu des quatre-voies gratuites en Bretagne…

Au départ, le plan routier breton consistait en doubler les nationales existantes par une autre voie. Ça a été la catastrophe. On l’a fait à la sortie de Rennes jusqu’à Noyal et Bédée. Il s’est produit des tas d’accidents. À partir du moment où on a dit qu’on allait refaire des quatre-voies sur l’emprise des routes mères, il n’y avait plus de nationales. Donc il ne pouvait pas y avoir de péages. Ensuite, on avait prévu des échangeurs, la règle de la direction des routes, c’était tous les trente kilomètres. Sous la pression locale – il y avait de nombreux maires dans le Célib –, on a obtenu que ce soit tous les dix ou douze kilomètres. Ça a été du pain bénit. La Bretagne centrale s’est maintenue un peu à flot grâce à ces échangeurs. Quand vous prenez la quatre-voies, à chaque échangeur vous voyez des usines. Non seulement, on a eu des voies express mais, à partir de là, on a eu des radicelles, et ensuite la Région et les départements ont ajouté des transversales, sur des financements locaux. Si vous prenez le réseau routier breton dans son ensemble, plus de 50 % a été financé par les contribuables bretons. Alors pourquoi on irait maintenant payer ce qui a déjà été payé ? Ou alors il faut nous le rendre !

 

Propos recueillis par Maiwenn Raynaudon-Kerzerho, photo Emmanuel Pain.

Retrouvez l’intégralité de cet entretien dans le magazine Bretons n°136 de novembre 2017

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