Accueil » Actualités » Jean-Pierre Le Goff : “La Bretagne a besoin de projets d’avenir”

Jean-Pierre Le Goff : “La Bretagne a besoin de projets d’avenir”

Ingénieur de formation, chef d’entreprise dans la technologie et la robotique, Jean-Pierre Le Goff a repris en 2011 le chantier Sibiril à Carantec et la faïencerie Henriot à Quimper. Le patrimoine, l’identité, le territoire, le rôle des métropoles, l’industrie, la communication… ce patron inclassable et bouillonnant d’idées nous livre ici son regard sur la Bretagne...

Qu’est-ce que représente Henriot aujourd’hui ?
J’ai compris qu’il fallait sortir du business et être dans les moments forts de la vie, créer des objets qui ont une âme. Le bol breton, le bol prénom, on en parle beaucoup aujourd’hui avec le film Marie-Francine. C’est le bol de Pornic, ce que j’appelle le bol touristes. C’est un objet. Nous, c’est le bol de naissance, celui que le grand-père ou la grand-mère offre à sa petite-fille ou son petit-fils. Tout est fait et peint à la main à Quimper. Effectivement, nos bols valent 40 €. Et d’autre part, Henriot va attirer du monde à Quimper. C’est aussi une manufacture qui doit montrer ce qu’est le travail manuel et artistique. On a 12 000 visites par an. Il y a trente ans, il y en avait 40 000. Les scolaires ne viennent plus. Or, quand ils viennent, ils sont heureux, les gamins. Ils voient qu’en partant d’un bloc de terre, on arrive à faire un objet absolument magnifique, une œuvre d’art. Ça ne veut pas dire qu’ils vont travailler là-dedans, l’avenir de Quimper, ce n’est pas Henriot, c’est Bolloré. Par contre, Henriot, c’est des racines. Pour moi, c’est les pieds dans le granit et la tête dans les étoiles.

Les Bretons sont-ils toujours sensibles à ce que représente Henriot, c’est-à-dire le patrimoine de la Bretagne ?
Nous sommes en plein remue-méninges de l’identité bretonne, je pense. Il y a eu différentes phases. Dans les années 1970, il y avait les indépendantistes bretons. Aujourd’hui, il y a eu les Bonnets rouges, même si cela correspond à des actions marginales. Le problème de l’identité bretonne, c’est que la Bretagne évolue vers le futur sans se couper de ses racines. Ça, c’est mon job ici. Nous vivons le même problème en France. Est-ce si important que ça d’être Breton, d’être Belge, d’être Français ? Je crois qu’il vaut mieux vivre et avancer.

Dans le regard des Français, la Bretagne a un côté rassurant, comme un rocher qui est toujours là. Mais dans le même temps, les Français ne portent pas un regard moderne sur la Bretagne, alors qu’il se passe beaucoup de choses. Pourquoi ?
Il faut répondre en différentes parties. Les gens aiment bien les images. On s’est payé Bécassine, on se paye les Bonnets rouges, les algues vertes et les illettrés de Macron. L’image des médias n’est pas terrible pour la Bretagne. Et puis, on nous montre des biniouseries même s’il y a des bagads très modernes. Il y a un grand mélange. Et effectivement, les Bretons, certains d’entre eux, cherchent leur identité. Comment la Bretagne va trouver sa place dans la mondialisation ? On nous oblige à tenir un rang de résilient, de valeureux, de conquérant. On nous dit qu’on trouve des Bretons partout dans le monde, mais c’est de moins en moins vrai. On a besoin de se rabâcher qu’on est bon de peur de ne plus l’être. Un peu comme vous dans votre magazine où vous dites que les Bretons sont les meilleurs. C’est parce qu’on se rend compte qu’on n’est plus aussi bon que ceux d’avant. De la même manière, on n’est plus les Français d’avant. Peut-être que la Bretagne se sent plus touchée car elle a toujours besoin de montrer qu’elle existe. La Bretagne est toujours considérée comme un peu ringarde, et les Bretons comme des ploucs.
Il faut des projets d’avenir, et pour avoir des projets d’avenir, il ne faut pas qu’on soit par exemple seulement Rennais. Or, Rennes a capté cette image de progrès en se coupant peut-être du reste de la Bretagne parce qu’ils se sont centrés sur le numérique. Et le numérique, c’est important pour une région aussi étalée. La dernière fois que j’ai vu Jean-Yves
Le Drian, je lui ai fait remarquer que la Bretagne avait trois métropoles en périphérie : Nantes, Rennes et Brest. Comment on irrigue le territoire ? Il y a 200 métropoles dans le monde et elles attirent la population, les jeunes et les compétences. Comment fait-on pour irriguer le territoire ? Les métropoles ont capté tout le fric pour les labos d’université, pour le savoir.

 

Retrouvez la suite de cet entretien dans le magazine Bretons n°133 de juillet 2017.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous devez utiliser ces tags HTML et attributs:

<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>