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Les Bretons et les livres

Avec trois prix littéraires obtenus, la Bretagne s’est distinguée cette année. Mais la réalité du monde de l’édition breton est bien sûr plus nuancée...

L’air de la Bretagne serait-il source d’inspiration pour les meilleurs écrivains français ? On veut bien le croire tant cette année, parmi les auteurs primés, on remarque la présence de Bretons de naissance ou d’adoption. Ainsi, sur les quatre finalistes du Goncourt, trois avaient un vrai rapport avec la région. Le vainqueur, Éric Vuillard, pour L’Ordre du jour, né à Lyon, a vécu dix ans à Vannes avant de s’installer récemment à Rennes. La favorite, Alice Zeniter (L’Art de perdre), vient de prendre racine à Paimpol. Yannick Haenel, lui, a passé toute son adolescence entre Vannes et Rennes. Seule la Niçoise Véronique Olmi échappe à la règle.

2 546 livres édités en bretagne

Au total, les Bretons auront remporté trois prix puisque, en dehors d’Éric Vuillard, Yannick Haenel, battu pour le Goncourt, a obtenu le prix Médicis pour Tiens ferme ta couronne. Le Brestois Jean-Luc Coatalem a lui été couronné par le prix Femina essai, pour Mes pas vont ailleurs. Enfin, on remarquera que le Carhaisien Christophe Honoré était en lice pour le prix Décembre avec Ton père. Cette profusion d’auteurs remarqués fait-elle de la Bretagne une terre de livres ? Oui et non. L’absence de chiffres fait qu’il est impossible d’effectuer des comparaisons entre les différentes régions. Mais grâce à l’Observatoire du livre en Bretagne, mis en place par Produit en Bretagne, on apprend que 2 546 livres ont été édités en Bretagne en 2016, qu’il existe 191 maisons d’édition et 316 points de vente. Cependant, derrière ces données, la réalité est plus complexe. Et, comme partout ailleurs, l’économie du livre n’est pas très florissante aujourd’hui. Yann Artur, de Coop Breizh, estime ainsi que le chiffre d’affaires stagne au niveau national ou régional depuis trois ou quatre ans, même si l’offre est de plus en plus abondante. Florent Patron, de Locus Solus, précise que le nombre d’éditeurs professionnels se limite à quatre ou cinq si on prend en compte une production d’au moins trente à trente-cinq livres par an.
D’autre part, dans cette étude, tous les intervenants s’accordent pour louer le prix unique du livre qui a certainement sauvé un nombre très important de librairies. Jean-François Delapré, de la librairie Saint-Christophe, à Lesneven, n’hésite pas à confier que “s’il n’y avait pas ce prix unique, vous ne seriez pas en train de me parler en ce moment !” Et de prendre l’exemple de la suppression de celui-ci en Angleterre qui a fait fermer deux mille points de vente dans le pays en deux ans.

Deux euros par livre

Quelle est la durée de vie d’un livre aujourd’hui ? Une vraie question tant tout semble aller de plus en plus vite. “Deux à trois mois”, estime ce même libraire finistérien, qui précise : “Si on n’a pas parlé d’un livre dans les trois mois, il est mort. Sur les 581 romans qui paraissent dans cette rentrée, on va parler de 80, et 10 vont faire un gros score”.
Et combien touchent les 2 835 auteurs qui ont été édités en Bretagne en 2016 ? “Sur environ 150 auteurs publiés chez nous, au moins 30 % ont un travail à côté et 40 à 50 % sont des retraités”, détaille Florent Patron de Locus Solus. “Les auteurs touchent à peu près 10 % sur un roman à 20 €. Ça fait 2 € le bouquin. Si vous le vendez à 700 exemplaires, ça vous fait 1 400 €. Si l’auteur a travaillé trois ans dessus, on est bien loin du Smic”, estime Jean-François Delapré.
Un niveau de vente que vont largement dépasser nos auteurs primés. Depuis 2012, un Goncourt s’écoule en moyenne à 398 000 exemplaires, un Renaudot à 221 000. Mais la meilleure garantie reste cependant d’obtenir le Goncourt des lycéens, puisqu’il permet de vendre en moyenne 443 000 livres. Et là, quatre “Bretons” étaient encore en lice pour ce prix qui a été décerné le 16 novembre dernier : Éric Vuillard, Alice Zeniter, Yannick Haenel et le Nazairien Patrick Deville pour Taba-Taba.

 

 

 

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