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Nadine Hourmant: “On se battra, on n’a plus rien à perdre”

Secrétaire départementale du syndicat Force ouvrière dans le Finistère, Nadine Hourmant est aussi salariée de Doux. Ses interventions télévisées lors du dépôt de bilan de son entreprise, en 2012, avaient marqué, tout comme ses prises de position au moment du mouvement des Bonnets rouges. Alors que Doux replonge dans une période de turbulence, Nadine Hourmant revient sur son parcours et sur la situation du groupe et de ses salariés...

BRETONS : En 2000, Doux employait 13 000 salariés. Aujourd’hui, c’est 1 200. Que s’est-il passé ?

NADINE HOURMANT : En 1998, Doux a fait le choix de s’implanter au Brésil. Ils ont racheté Frangosul, qui a été liquidé et vendu en 2014, à notre concurrent direct. À partir de ce moment-là, il y a eu des plans de sauvegarde de l’emploi.

Ce sont des choix stratégiques de la direction qui ont plombé l’entreprise ?

Oui, ce sont des choix. Je le dénonce. C’est aussi la faute des pouvoirs publics. Doux était bénéficiaire des restitutions européennes. On aurait dû contrôler la bonne utilisation de ces subventions et obliger à investir dans les outils industriels. Tout le monde a baissé la tête, sans vouloir regarder.

Ça n’a pas été anticipé ?

Non, même Charles Doux n’y croyait pas, il pensait que les restitutions ne s’arrêteraient pas, parce qu’on payait des entreprises pour faire du lobbying à Bruxelles. C’est une sacrée machine, et quand vous êtes sur la chaîne de production, vous ne voyez pas tout ça. On a laissé faire Doux ! J’en veux à ces personnes, qui sont impunies, qui ont gâché une belle entreprise. Une entreprise qui aurait dû s’adapter, rester sur le marché français, se redévelopper sur l’Europe.
Moi, si je fais une faute, je peux être licenciée. Aujourd’hui, il y a des dirigeants qui plantent des entreprises et qui en sortent impunis. Et qui paye les erreurs de Doux ? Les salariés. C’est lamentable. Chez Doux, en moyenne, les salariés ont plus de 50 ans, et trente ans d’ancienneté. Nous sommes donc fidèles à notre employeur, ça mérite une reconnaissance ! Ce sont les petites mains qui ont construit ce groupe. On l’a construit ! Et aujourd’hui, on ne peut pas simplement virer les gens du jour au lendemain.

Sur le terrain, vous aurez encore de l’énergie militante ?

On se battra. On n’a plus rien à perdre. Les salariés ne veulent pas perdre leur boulot, être à la charge de la collectivité. En Bretagne, on est encore attaché au travail, on a la particularité d’être travailleurs. Les salariés ont une conscience professionnelle. Je leur dis même parfois qu’elle les tuera. Au bout d’un moment, s’il n’y a pas de reconnaissance, ça pètera. Comment ? Je ne sais pas. Mais ça pètera. Parce que les salariés ne pourront plus accepter ça.
Aujourd’hui, on a la chance d’avoir des organisations syndicales présentes, qui arrivent à encadrer. Mais je dis parfois que je ne pourrai pas tout maîtriser. On ne sait pas quelle réaction les gens peuvent avoir, on peut être surpris. Quand on n’a plus rien à perdre, on va jusqu’au bout. Le combat va continuer. Notre entreprise, qu’on a construite, peut disparaître. Et j’aimerais que les coupables viennent nous voir en face. J’ai une haine totale envers ces gens-là. Je peux comprendre qu’il y a des gens qui pètent les plombs. On enlève une partie de leur dignité aux salariés. Quand je vois que les salariés en 2012 sont partis avec 10 000 euros pour vingt ans de boîte… Ce n’est pas cher payé. On aura un combat à mener. D’abord pour préserver tout ce qu’on peut, et ensuite pour accompagner les salariés licenciés.

 

(…) Pour en savoir plus retrouvez l’intégralité de cet entretien de six pages dans le magazine Bretons n°141 d’avril 2018.

 

 

 

 

 

 

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