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Pascal Ory, qu’est ce que le populisme ?

Professeur d’histoire à l’université Paris-1, Pascal Ory vient de faire paraître Peuple souverain, un ouvrage de réflexion historique sur la notion de populisme. Originaire de Rennes, il a aussi vécu et analysé les évènements de Mai 68. Spécialiste de l’Occupation, il a été l’une des voix favorables à la réédition des pamphlets antisémites de Céline dans le débat initié par Gallimard...

Maiwenn Raynaudon-Kerzerho – Bretons

 

Bretons : Vous avez vécu Mai 68 à Rennes, aux côtés d’un certain Jean-Yves Le Drian…

Pascal Ory : Je suis né en 1948, je suis donc à la fois un quarante-huitard et un soixante-huitard… J’ai vécu Mai 68 à Rennes avec la distance et l’empathie de l’historien que j’étais déjà depuis, disons, l’âge de 7 ou 8 ans, et le social-démocrate que j’avais proclamé être, en 1967, devant mes camarades étudiants, ébahis. Social-démocrate ! Autant dire réac… Le moment était passionnant à étudier : cette libération de la parole, des corps… J’ai assisté, en direct à la fac de Villejean, qui venait d’ouvrir, à l’effondrement de certains mandarins, dont certains avaient une image de gauche. Symétriquement, du côté des étudiants, quelques leaders émergeaient, comme Jean-Yves Le Drian, pour l’UNEF. En mars 69 avaient eu lieu les premières élections universitaires, liées à la loi Edgar Faure. Jean-Yves, dans le département d’histoire, prônait la non-participation, sur le principe “élection, piège à cons”. On a discuté et je me suis laissé convaincre de ne pas voter : ce fut, avec un an de retard, mon acte le plus soixante-huitard… Quelque temps après, il s’est rapproché de Lorient, sa ville natale, et il est entré au PS. Moi aussi, mais, en bon social-démocrate, j’avais déjà adhéré, en 1967, à la Convention des institutions républicaines, le micro-parti de François Mitterrand. À Rennes, on devait être une douzaine d’adhérents directs. À une époque où l’élu le plus à gauche au conseil général d’Ille-et-Vilaine était un radical de droite… Quand on pense que le conseil départemental est aujourd’hui dirigé par un socialiste, on mesure le chemin parcouru ! Dans les années 70, j’ai vu l’époque où émergent les Louis Le Pensec, Charles Josselin, Edmond Hervé…

Vous venez de publier Peuple souverain. Vous y donnez une définition du populisme…

Je voulais définir le populisme, en le resituant dans l’histoire. On peut le dater de la fin du 19e siècle, au moment où l’Occident intègre la notion de souveraineté populaire au point de basculer massivement dans le suffrage universel. Toutes les familles politiques sont obligées d’en tenir compte. Le populisme, en deux mots, est une droite radicale dans un style de gauche radicale. Des valeurs de droite – inégalitaires, autoritaires, vitalistes – mais dans un style de gauche : la souveraineté populaire, la critique des élites, la focalisation sur le national… Tout ça se cristallise donc à la fin du 19e siècle. En France autour du général Boulanger, qui était d’ailleurs né à Rennes. Le premier vrai leader populiste de l’histoire est un Rennais ! Son programme ? “L’Appel au Peuple”… Du coup, il voit converger vers lui des militants des deux extrêmes politiques : des monarchistes modernes et des anciens communards anti-système. Dès la première minute, le populisme siège à l’extrême droite, mais il attire beaucoup de dirigeants, de militants et d’électeurs venus de l’extrême gauche. Il est plus facile de passer directement de la gauche radicale à la droite radicale – éventuellement aussi dans l’autre sens, même si c’est moins courant –, que de passer au centre. Sans quoi vous ne comprenez pas, dans la France d’aujourd’hui, des personnages comme Alain Soral, Florian Philippot ou Fabien Engelmann, le maire Front national d’Hayange… En 1914, Mussolini est passé en deux mois d’un statut de leader de la gauche radicale à un statut de leader de la droite radicale. Il a simplement dans son discours remplacé le “prolétariat” par le “peuple”. Le fascisme est une forme extrémisée de populisme. Certaines expériences populistes conservent des liens assez étroits avec toute une frange importante de la gauche radicale. Par exemple, en Amérique latine, chez Perón en Argentine ou Vargas au Brésil. Parce que la lutte contre l’“impérialisme”, contre les États-Unis, pouvait faire converger vers eux encore plus d’électeurs d’extrême gauche. En Argentine, le péronisme est incompréhensible sans son alliance avec la CGT. Ça n’en fait pas pour autant une force politique d’extrême gauche.

 

(…)

 

Retrouvez la suite de cet entretien dans le magazine Bretons n°139 de février 2018.

 

 

 

 

 

 

 

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