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Paul Jorion : « La majorité des gens est contre le système ultralibéral »

Anthropologue et économiste, spécialiste de la finance, Paul Jorion décline une pensée atypique et inclassable. Le dernier ouvrage de ce Belge installé à Vannes, "Se débarrasser du capitalisme est une question de survie", rassemble les chroniques qu’il a réalisées notamment pour Le Monde depuis 2008...

Bretons : Dans ce livre, vous évoquez le projet d’une taxe sur les robots, pour lutter contre la concentration des richesses. D’où vient cette idée ?
Paul Jorion : J’ai lancé cette idée de taxe robot en 2012, puis je l’ai développée dans une chronique en 2014. Elle a un peu fait son chemin puisqu’elle est reprise aujourd’hui par un candidat à la présidentielle, M. Hamon. La majorité de la population est salariée. Si les emplois salariés sont remplacés par l’ordinateur, la machine, des algorithmes, des logiciels, la richesse créée va directement aux investisseurs et aux dirigeants des entreprises. Elle ne passe plus par les salariés. Ce qui pose un problème : quand les emplois sont détruits de manière massive, ce qui est en train d’arriver, qui achètera les produits de l’industrie ?

Vous évoquez une étude de l’université d’Oxford qui donne le nombre de 47 % des emplois qui seront remplacés à terme par des robots ?
Oui, plusieurs études donnent des chiffres différents. En France, une étude a été menée, et on nous a dit que c’était moins. Mais c’est parce que, dans cette étude, on a posé deux questions aux gens : est-ce que vous devez parfois prendre une décision rapide pour faire autre chose que ce que vous aviez pensé ? Et : est-ce qu’il vous arrive de devoir enfreindre les règles qu’on vous a données ? Sur la base de cela, on a décidé si un ordinateur pouvait le faire ou non, ce qui est absolument ridicule. J’ai travaillé dans le domaine de l’intelligence artificielle et, déjà dans les années 1980, ces problèmes ne se posaient plus. La question d’imaginer qu’un être humain peut changer de décision plus rapidement qu’un robot est d’un ridicule absolu. Un logiciel sur les marchés boursiers prend 2 000 décisions à la seconde ! C’est une représentation de l’informatique totalement dépassée, de la naïveté de la part de gens qui ne connaissent pas le problème…

Vous préférez à l’idée d’un revenu universel celle d’instaurer la gratuité pour les besoins de base…
J’ai parlé quelques fois de cette idée de revenu universel. Mais j’ai travaillé longtemps dans la finance et je me suis rendu compte que, si des revenus de ce type-là étaient distribués à la population, la finance ne résisterait pas à son habitude de les ponctionner. Je préfère proposer un autre type de mesure, la gratuité. On ne peut pas ponctionner quelque chose qui est gratuit. Si ça passe par des systèmes comme des chèques repas, on ne peut pas imaginer qu’un trafic de chèques repas détruise le système…

Vous dites qu’il existe aujourd’hui un mécontentement de la population face à l’ultralibéralisme, on commence à sentir cela ?
Oui. Il suffit de voir le débat présidentiel. En dehors de ce qu’on appelle les partis de gouvernement, donc en dehors de M. Macron et M. Fillon, puisque même M. Hamon est lâché par l’appareil socialiste, tout le monde est contre le système. Il y a de l’ordre de 55 % de la population qui est contre le système !

Retrouvez la suite de cet article dans le magazine Bretons de mai 2017.

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