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Qui Fait la Bretagne ?

Le premier "Who's who bretons" voit enfin le jour. Basé sur des centaines de portraits rédigés depuis 2005 par nos journalistes, nous mettons ces ressources à votre disposition. Entrepreneurs, scientifiques, sociologues, politiques, etc… Découvrez les hommes et les femmes qui font la Bretagne.

De quoi peut-on s’indigner ?

28/12/2012
Il y a des propos qui tentent de faire rire et d’autres qui sont là pour faire mal. Parallèle entre une chronique radio ratée d’un amuseur public et une analyse perfide d’un journaliste censeur.

Daniel Morin est une espèce de farfelu, un humoriste foutraque qui nous emmène allégrement dans ses raisonnements absurdes et ses divagations toutes personnelles. Pour ceux qui ne le connaissent pas, cet homme-là officie tous les jours à 12h10 dans l’émission de France-Inter, On va tous y passer. Moi, j’adore. Je le trouve loufoque, original, inclassable. Tellement plus surprenant que l’humoriste maison Sophia Aram dont les sketches sont d’un conventionnel lénifiant. Mais comme tout un chacun, Daniel Morin a ses limites. Le 6 décembre, Morin  s’est fendu d’une chronique dont le sujet principal était l’inscription du fest-noz au patrimoine immatériel de l’humanité, imaginant un reportage de TF1 dans le Finistère, signé Jean-Pierre Pernaut. L’idée était amusante mais c’était raté, bâclé. Pas drôle. Ça lui arrive de temps en temps. Bon, on oublie et on passe à autre chose.

Une charge plus subtile
Eh bien, non. “Cela a provoqué chez certains auditeurs des réactions extrêmement vives”, comme l’a avoué Jérôme Bouvier, le médiateur de la station de radio, précisant aussi que “le chroniqueur avait simplement l’envie de rire avec eux de tous les clichés qui entourent la culture bretonne”. Sur le net, on a aussi pu lire des accusations d’une extrême violence, allant jusqu’à qualifier Daniel Morin de raciste et xénophobe. Hou, là, là ! C’est-pour-rire. Pour rire. Petit rappel : Daniel Morin n’est ni un élu, ni un universitaire, ni un haut fonctionnaire, ni un journaliste (voir plus loin). C’est un humoriste… Il dit des conneries, c’est son job. Il est payé pour ça.
Ce qu’il y a en revanche de beaucoup plus surprenant, c’est qu’aucun de ces censeurs n’a remarqué l’incroyable charge, mais plus subtile, menée par Éric Conan dans le numéro du 17 novembre de l’hebdomadaire Marianne. Le thème en était : “De quoi la France doit-elle s’excuser ?”. Et il y a un passage qui nous a vivement intéressé, dont le titre est : “Idée reçue : les cultures régionales victimes du génocide…”. On peut y lire des moments d’anthologie comme “Oui, la langue corse ne se sent pas bien et les dialectes occitans et bretons disparaissent”. Des dialectes ? Pou, pou, pou… Le choix du mot n’est pas neutre. Quel mépris ! Grâce à Éric Conan, nous voilà donc revenus au cœur du 19e siècle où il fallait éradiquer toute pratique de ce qu’on qualifiait alors de patois. Or, il me semble que le breton, avec ses mille huit cents ans d’histoire, affiche un ADN beaucoup plus consistant que le “françoys” dont les débuts remontent à la fin du 9e siècle. On poursuit. “C’est parce que les Bretons et les Corses ont pu continuer à se sentir Bretons et Corses qu’ils ont voulu être Français.” Pardon ? “Ils ont pu continuer à se sentir Bretons” ? Merci qui ? En francisant les noms de familles et en interdisant la langue ? Il fallait que cela repose sur du solide, alors. Une vraie langue par exemple ? Ah pardon, c’est un dialecte… “Ils ont voulu être Français” ? Ah, bon ! Mais ne leur a-t-on jamais demandé leur avis ?

La France, un cas unique
Enfin, la conclusion, sublime, forcément sublime comme disait Marguerite Duras : “Il suffit de considérer Colmar, Ajaccio et Quimper pour se demander s’il y a d’autres pays en Europe qui ont réussi à préserver un tel exotisme intérieur”. Eh bien, cher ami, si ces villes ont réussi à “préserver un tel exotisme intérieur”, c’est bien grâce à la volonté inébranlable de ses habitants et à l’affection voire l’amour qu’ils portent à leurs racines. Si cet “exotisme” qui vous distrait tant, et dont nous devons vous remercier à l’infini de nous en avoir laissé un peu pour nous amuser, n’existe pas ailleurs en Europe, c’est que la France est un cas unique. “La France s’est créée en détruisant cinq cultures : la bretonne, l’occitane, l’alsacienne, la corse et la flamande. Nous sommes la seule nation européenne qui est une création militaire et non homogène”, déclarait Michel Rocard en 2005…

par Didier Le Corre

COMMENTAIRES

DeCommentaire

Per Lanseeg
03/01/2013

J'étais l'un de ces auditeurs fachés par l'intervention pour le moins assez pourrie de Daniel Morin. Comme pas mal de monde je me suis permis de le signifier au médiateur de France Inter pour que pareilles bêtises ne se produisent plus dans son émission.
Pour ce qui est de Marianne, il faudrait que leur rédacteur Eric Conan revoit ses cours d'histoire bretonne... si cet aspect de la culture française ne lui semble toutefois pas trop "exotique".

Andreu Castrero
31/01/2013

"Nous sommes la seule nation européenne qui est une création militaire et non homogène”. Bon, au moins on peut bien dire la mème chose de l'Espagne!

PI
08/02/2013

l“La France s’est créée en détruisant cinq cultures : la bretonne, l’occitane, l’alsacienne, la corse et la flamande."
... En fait 6 en y ajoutant le catalan (traité des Pyrénées)

DWRDAN
06/03/2014

L'avenir est à la Fédéralisation des institutions, laissant aux peuples constituant cet hexagone autant désuet que réducteur, la libre disposition de leurs propre gestion économico-politico-socio-culturelle, dans le concert des ethnies composant l'Europe restaurée sur de nouvelles bases plus humaniste et laissant à chacune d'entre elles la libre créativité des ses composantes -notamment et surtout- économiques donc financières.

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