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Qui Fait la Bretagne ?

Le premier "Who's who bretons" voit enfin le jour. Basé sur des centaines de portraits rédigés depuis 2005 par nos journalistes, nous mettons ces ressources à votre disposition. Entrepreneurs, scientifiques, sociologues, politiques, etc… Découvrez les hommes et les femmes qui font la Bretagne.

Indépendantistes ?

05/02/2013
Selon notre sondage Ifop-Bretons, 18% des Bretons se déclarent en faveur de l’indépendance. Un résultat inattendu qui ne peut pas être balayé d’un revers de la main par les politiques bretons.

Malgré tous les défauts qu’on peut lui prêter, l’exercice du sondage présente un intérêt majeur : il fixe à un moment donné l’évolution de l’opinion publique. Une opinion qui, sur des sujets peu souvent traités, prend parfois de court les analyses de ceux qui sont supposés être des observateurs privilégiés. Alors, avouons-le, lorsque nous avons reçu les résultats de notre sondage organisé avec l’Ifop, nous avons été surpris. Beaucoup, même. Cinq questions, cinq réponses inattendues.
Le sentiment d’appartenance ? On penchait pour du 50/30. “Bretons d’abord” à 50%. Sans sous-estimer le fait que 37% des habitants se sentent d’abord Bretons – ce qui reste de toute façon énorme par rapport aux autres régions françaises –, on s’était laissés endormir par différents sondages précédents qui laissent entendre que 90% des habitants se sentent Bretons. Oui, mais Bretons et Français. Là, il fallait choisir. Ce n’est pas tout à fait la même chose.
La réunification ? Tous les sondages pointent vers un 60/40 en faveur du rattachement de la Loire-Atlantique. Mais le fait d’ajouter dans l’énoncé des réponses possibles le fameux “ne sait pas” a bouleversé la donne à un point inattendu. 20% des sondés n’en ont aucune idée et c’est bien de le dire. Ce qui n’empêche pas d’estimer que sur le modèle d’un référendum, le “oui” l’aurait emporté avec 55% des voix, puisqu’on ne tiendrait compte que des bulletins exprimés.   

Un état comateux prolongé
Le breton à l’école, avec des cours intégrés à l’emploi du temps normal des élèves, entre la SVT, l’anglais et les maths ? Des devoirs à la maison avec des parents (ce sont pourtant bien eux qui votent) bien incapables de faire réciter leurs enfants, butant sur les “c’h” et les terribles mutations ?
Les Bretons sont pour à 58% ! Mais c’est un tsunami ! Un chiffre à transmettre d’urgence à Pierre Maille, le président du conseil général du Finistère, qui pense que l’opinion publique exprime le contraire, et au ministère de l’Éducation nationale qui sera bien embarrassé par un tel engouement.
20% des sondés qui pensent que la Bretagne n’a jamais été indépendante ni même autonome ! Là aussi, il y a de quoi être surpris. Même sans avoir croisé un professeur qui en fait la remarque, on ne peut que constater que la petite Bretagne est de couleur différente sur les cartes de France, au moins au Moyen Âge, dans tous les manuels scolaires ! À moins d’être installé en France depuis moins de six mois et être originaire de Transylvanie ou des Comores, il faut avoir sérieusement prolongé un état comateux près du radiateur entre la sixième et la troisième, n’avoir jamais ouvert un livre ou laissé traîner une oreille distraite à une conversation pour rester dans l’ignorance...     

La ligne rouge
Enfin, bien sûr, il y a ce résultat inattendu sur le souhait d’indépendance. 5% des sondés y sont très favorables et 13% assez favorables. On peut supposer que parmi ceux qui ont coché l’une des deux cases, il y a un certain nombre de romantiques et d’autres qui estiment que “ça ne peut pas être pire”. Sans doute. Mais l’indépendance ? Le mot n’est pas neutre. Il est quand même très fort. Faites le test, même si vous ne partagez pas cette idée. Dites : “Je suis indépendantiste”. Vous verrez alors que le visage de la plupart de vos interlocuteurs a tendance à se crisper. Une ligne rouge est franchie, celle de l’incompréhension. Vous avez prononcé un gros mot. Dans le meilleur des cas, vous êtes considéré comme un farfelu, dans le pire comme un terroriste en puissance.
Et si ces 18% de Bretons qui avalisent cette idée n’exprimaient pas là un certain bon sens ? Celui de la proximité, de la cohérence ? Aucune des régions européennes qui a retrouvé son indépendance en tant que pays, comme la Lituanie, la Slovénie ou la Tchéquie, depuis quelques années – ou l’Écosse et la Catalogne bientôt – n’a sombré dans le chaos. Au contraire, elles ne s’en portent que mieux comme l’exprime Gilles Martin-Chauffier dans son excellente chronique de Paris-Match du 12 décembre dernier : “Les postes fonctionnent, l’électricité n’a pas été coupée, les pensions continuent d’être versées, aucune prédiction apocalyptique ne s’est réalisée… Il n’y a qu’en France que chacun prend pour acquis que la nation est une et indivisible. Pire que ça, les plus hautes autorités permettent encore de fouler aux pieds tout ce qui pourrait attenter au rêve jacobin d’un pays constitué de Paris et de son désert”.

par Didier Le Corre

COMMENTAIRES

DeCommentaire

Florian Jéhanno
15/05/2015

Article très objectif, c'est satisfaisant! Seul bémol, Je me souviens très clairement que la Bretagne était considérée comme appartenant à la France dans mes bouquins d'Histoire, sous Charlemagne plus particulièrement, ce qui est une aberration!

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