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Yann Queffélec : “Je présente mes excuses à ceux qui ont été choqués par mes propos”

02/07/2013
Les propos sévères de Yann Queffélec au sujet de Xavier Grall, dans notre dernier numéro, ont suscité de nombreuses réactions. L’écrivain a tenu à rectifier le tir.

“Xavier Grall, c’était un peu le Breton en toc, une espèce de Breton fabriqué par l’idée qu’on se faisait du Breton depuis Paris. Ce Breton, il l’est devenu à la fois malgré lui et avec son consentement. Car ça lui permettait aussi d’avoir une réputation et de faire entendre sa voix qui, personnellement, ne m’a jamais touché. Sans doute était-il un peu trop exalté à mon goût. Toujours dans la surenchère, “sur-rythmé”, “sur-écrit”. Il en a toujours trop fait. Notamment quand il s’est dit : “Tiens, je vais prendre en marche le train mis sur la voie par Per-Jakez Helias. Il a fait Le Cheval d’orgueil, je vais faire Le Cheval couché”. Pour tout dire, j’ai trouvé ce combat ridicule. Ce Cheval couché qui essaie de prendre le contre-pied d’un chef-d’œuvre pour exister dans le débat a relevé du mauvais esprit. D’ailleurs, qui aujourd’hui lit Xavier Grall ?”
Le moins qu’on puisse dire, c’est que la charge de Yann Queffélec contre Xavier Grall, le mois dernier dans nos pages, était rude. Et elle n’a pas laissé indifférent. Les nombreux mails et courriers reçus à la rédaction en témoignent…
“Pourquoi attaquez-vous les lecteurs admirateurs de Xavier Grall, dont je fais partie ?”, demande ainsi Dominique Bois, lectrice toulousaine. “Comment dire ma colère, et me calmer, certain que d’autres réagiront comme moi à ce déballage de mépris (et de haine peut-être) envers Xavier Grall”, écrit Gildas Le Cruegel, ajoutant : “Alors je suis désolé de contredire les affirmations péremptoires de Yann Queffélec, mais oui on lit Xavier Grall, ses poèmes si puissants qui se déroulent comme les flots et ses écrits d’homme libre.”

“Des bordées, oui mais face à face”
C’est aussi ce qu’a tenu à dire Olivier Rougerie, éditeur : “Que l’on apprécie ou pas l’écriture de l’auteur de Solo, je le comprends fort aisément. C’est en effet le droit de chacun. En revanche s’en prendre avec une telle violence à un homme disparu depuis 1981 – soulevant à nouveau de vieux antagonismes –, doit témoigner d’une rancœur presque haineuse”. L’éditeur précise : “En ce qui concerne le lectorat de l’œuvre de Grall, pas la moindre inquiétude à avoir. La réédition à nos éditions de son œuvre poétique rencontre un franc succès, même hors de Bretagne, et a été accueillie très favorablement par les critiques (dans Le Magazine littéraire, à France Culture…). Toute son œuvre en prose est en cours de réédition chez Terre de Brume”.
Gabriel Quéré, de Landerneau, qui fut “ami intime” du poète a tenu aussi à prendre la plume. Commençant par saluer “le talent” de Yann Queffélec dans l’écriture de son Dictionnaire amoureux de la Bretagne, il lui reproche ensuite d’ouvrir une dispute avec quelqu’un qui ne peut répondre : “Les querelles d’écrivains, les vacheries balancées font partie de la littérature, voire de la bonne, de l’excellente littérature ! On peut échanger des bordées (…) mais ce doit être du face à face. Mais il faut que le bénéficiaire de votre baffe soit dans l’état de vous retourner une mornifle. Hélas, je ne sache pas que l’on ait logé sa vieille machine à écrire dans la tombe de Xavier”.

“Mes propos ont dépassé ma pensée”
Un reproche que Yann Queffélec, guère surpris par ces réactions, est prêt à entendre : “C’est très mal de s’en prendre à la mémoire des absents. Je n’ai pas voulu l’offenser”. L’écrivain est heureux de revenir sur ses propos, car, tenus dans le cadre d’un entretien assez libre, ils ont “un peu dépassé la pensée. En tout cas l’ont accentuée et ont pris une force terrible à l’écrit”.
Yann Queffélec précise : “En effet, je n’ai pas une admiration démesurée pour l’œuvre de Xavier Grall, mais je considère que c’est un grand Breton qui a énormément fait pour la Bretagne, qui était brûlé par l’amour du beau, l’amour des livres et par l’amour du sentiment breton. Et je présente mes excuses à tous ceux qui ont pu être choqués par la sévérité de ces propos”. L’écrivain, dont le propre père Henri Queffélec, au moment de la sortie de son livre Un Breton bien tranquille, avait subi les critiques de Grall, tient à dire au contraire son admiration pour Solo, le dernier poème de Grall écrit juste avant sa mort : “Je considère que Solo est un texte immense, inoubliable. Je l’avais lu à sa parution. J’avais été sidéré par le souffle et la sincérité, par la souffrance aussi, de cet homme.”

Photo : Emmanuel Pain

COMMENTAIRES

DeCommentaire

simone le baron
03/07/2013

je suis une Bretonne, pure souche, Brestoise expatriée depuis 40 ans. je n’appréciais guère Xavier Grall mais encore moins Queffelec fils. être breton ne s'invente pas, on l'est ou on ne l'est pas. la bretonnite est un état d’âme que peut ressentir quelqu'un qui n'a pas de racines bretonnes, juste parce que son âme est aussi sensible et bourrue a la fois que ce sale temps qui nous martyrise et nous manque lorsque le soleil s’éternise. Pardon pour les fautes d'accent, j’écris sur un clavier grec.
Simone Le Baron
lebaron.simone@gmail.com

pierre.gourves@gmail.com
28/07/2013

Ces hommes constituent le patrimoine culturel de la Bretagne, et les chamailleries sont de toute manière inévitables, car nous avons tous notre propre vision de la Bretagne.

Isabelle Morice
30/07/2013

Moi j'ai une "admiration démesurée" pour l'oeuvre et le personnage Xavier Grall Peu d'auteurs, de poètes ont une personnalité, littéraire ou humaine d'ailleurs Un homme de chair, de sang, de convictions, de passionsbien plus que ne peut l'être Mr Queffélec

Sam Enerv
03/10/2013

On ne s'attaque pas à un mort qui n'a plus de droit de reponse ! Queffelec s'en souviendra t'il ?

Couêdel
13/12/2014

On nommait J.P. Chabrol le "cévenol de Paris" mais la Cévenne en fut partout reconnue.
Grall et d'autres firent de même pour la Bretagne.
Vous ne manquez pas de talents, Queffélec, mais lui en avait d'autres qui ne sont sans doute pas à votre hauteur.
Peu importe, Xavier m'est un frère. Je l'aime.
Et la peste soit des fâcheux.

tanguy
26/12/2014

Queffélec qui donne un cours d'identité bretonne à Xavier Grall, on aura tout lu. Sortez de votre univers parisianiste Queffélec, et après vous pourrez vous permettre. Parce que dans le genre breton de pacotille, je n'ai pas à réfléchir deux secondes avant de citer votre nom. Ca c'était pour l'identité bretonne, et pour ce qui est du talent d'écrivain , c'est à chacun de juger. En ce qui me concerne, Xavier Grall est sur ma table de chevet. Quant à vous , vous prenez la poussière au fond de ma bibliothèque.

Raoul Marie Claire
08/01/2015

Yann Quéfellec parle bien de ses livres mais je n'y ai jamais trouvé l'âme celte ::c'est l'âme d'un parisien breton ...

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