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Qui Fait la Bretagne ?

Le premier "Who's who bretons" voit enfin le jour. Basé sur des centaines de portraits rédigés depuis 2005 par nos journalistes, nous mettons ces ressources à votre disposition. Entrepreneurs, scientifiques, sociologues, politiques, etc… Découvrez les hommes et les femmes qui font la Bretagne.

Deux mondes, deux visions

31/12/2013
Difficile à appréhender hors de Bretagne, le mouvement des Bonnets rouges suscite méfiance et perplexité. Et le slogan “Vivre, décider et travailler en Bretagne” paraît assez incompréhensible dans notre société actuelle.

Il y eut d’abord la surprise à la vue de ces images de manifestants coiffés de bonnets rouges et brandissant des Gwenn-ha-Du. Pour celui qui vit au-delà du péage de La Gravelle, c’était dans un premier temps plutôt distrayant. Un rien cocasse. Puis, vint le moment de l’incompréhension à l’énoncé des composantes de cette manifestation. Y figuraient des gens de droite, de gauche, du centre, de l’extrême droite et de l’extrême gauche. Tout et son contraire : le Medef et le NPA, Breizhistance et le Bloc identitaire, Force ouvrière et des patrons… Et puis des militants culturels, des associations, et tout simplement des gens : salariés, artisans, marins…
Un ensemble qualifié “d’hétéroclite” par la presse nationale. Hétéroclite ? Non, au contraire, formidablement homogène puisqu’il représente à peu de choses près la totalité des tendances de la société d’aujourd’hui. En ce sens, la manifestation de Quimper est une grande première. Non seulement elle est unique dans l’histoire de France – y a-t-il jamais eu un seul rassemblement où extrême gauche et extrême droite ont défilé ensemble ? –, mais elle est aussi formidablement moderne, car elle est la première à illustrer la fin d’une fracture systématique gauche/droite qui a de moins en moins de sens dans une société euro-régentée et globalisée.

“Antirépublicain et rétrograde”
Et c’est bien cela qui a surpris les observateurs – politiques et journalistes – qui, une fois digérée cette information qui n’entrait pas dans les codes habituels, ont préféré se focaliser sur des thèmes plus classiques : “la crise de l’agroalimentaire” ou “la fin du miracle breton”. Il y en eut même qui, à court d’idées, se sont précipités sur une formidable nouvelle info : la moitié des bonnets rouges fournis par Armor-Lux a été fabriquée en Écosse… Ah, ça, si ça ne décrédibilisait pas le mouvement !
Et aujourd’hui, dans une certaine incapacité à appréhender les subtilités bretonnes, de plus en plus ont pris le parti de mépriser ce surprenant mouvement de contestation collectif. Aux yeux de la plupart des observateurs, il est rapidement devenu antirépublicain et rétrograde. Et comme d’habitude, “la gauche trop centralisatrice”, comme l’écrit Yannick Le Bourdonnec dans Le Monde, crie au danger pour  l’unité du pays. Ainsi, Laurent Joffrin, rédacteur en chef du Nouvel Observateur, avec le dédain qui le caractérise, balaie d’un revers de la main les revendications bretonnes pour les couvrir d’un “drapeau blanc réactionnaire” et les qualifier  de “chouannerie”. Nous voilà donc repartis en 1789, sauf que le penseur de la gauche bobo se trompe lourdement. Ce sont bien les Bretons qui ont allumé la mèche de la Révolution française…
Et pour vraiment faire peur à ses lecteurs, Joffrin assène sa menace habituelle. Attention, derrière ces manifestants se cachent le Front national et des groupuscules d’extrême droite ! Et pour appuyer encore un peu plus son argumentaire, nous informe vers la fin de son éditorial – effectuant ainsi un parallèle assez acrobatique mais surtout très pervers – que le mouvement antimariage pour tous a rejoint la contestation… Vraiment ?

“Quelque chose en plus”
Aux yeux des médias de gauche et donc de beaucoup de Français – la droite observe sans trop se mouiller ce qui se passe –, ce mouvement est donc l’illustration d’une jacquerie à relents poujadistes qui s’attaque à des symboles de l’État, dont paradoxalement elle attend tout.
C’est là tout le nœud du problème. Comme d’habitude, les non-Bretons ne comprennent pas grand-chose à la Bretagne. Ils ne comprennent pas ces drapeaux brandis avec un grand naturel et non sans une certaine fierté. Ils ne comprennent pas ce slogan “Vivre, décider et travailler en Bretagne” qui semble tellement désuet. Ceux qui s’y risquent, dérapent très franchement, comme Françoise Morvan, toujours dans Le Monde, qui assimile avec sa mauvaise foi habituelle Gwenn-ha-Du et fascisme…
Si la Bretagne attend quelque chose de l’État, c’est bien le droit à une certaine autodétermination, ce fameux droit à l’expérimentation. Il faudrait aussi être aveugle pour ne pas y décoder une envie d’autonomie portée par quelques-uns. Mais pour la plupart, c’est juste l’occasion d’afficher son sentiment d’appartenance, sa fierté, sa différence. Interrogées, encore par Le Monde, trois jeunes manifestantes de 19 ans, natives de Bannalec, affirment le fait qu’elles ne s’imaginent pas vivre ailleurs qu’en Bretagne, que leur sentiment d’appartenance “autant culturelle qu’humaine est difficile à expliquer à quelqu’un qui n’est pas Breton. De l’extérieur, on comprend que ça puisse étonner, qu’on se dise : les pauvres filles, elles ne veulent pas connaître autre chose, mais ce n’est pas ça, c’est juste qu’il y a quelque chose en plus qui nous donne envie de rester”, ont-elles expliqué, drapées dans leur Gwenn-ha-Du…

par Didier Le Corre
photo : Gwénaël Saliou

COMMENTAIRES

DeCommentaire

Yvon
28/12/2014

Moi qui ne suis pas d'origine bretonne , la Bretagne m'a conquis depuis des années , on ne peut que l'aimer par sa culture ,sa musique , sa beauté , le sens de l'hospitalité j'ai trouvé en Bretagne je crois des racines sûrement enfouies au fond de moi . Je comprends que la Bretagne défendent toutes ces valeurs à travers le mouvement des Bonnets rouges , peu importe les critiques et les moqueries de ces technocrates ils ont peut être peur de ce genre de mouvement qui rassemble la gauche , la droite , ouvriers , marins , patrons et qu'ils leurs montrent peut être leur incapacité finalement à gouverner ! Oui en Bretagne il y a quelque chose qui vous donne envie d'y vivre !!!
Un Limousin qui se sent Breton
Cordialement

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