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Delphine et Muriel Coulin: Les "17 filles" des soeurs Coulin

01/12/2011
Pour leur premier long-métrage, Delphine et Muriel Coulin ont transposé à Lorient, la ville de leur enfance, l’histoire vraie de dix-sept adolescentes américaines qui, en 2008, ont décidé d’être enceintes au même moment. 17 filles sort le 14 décembre.

Au printemps 2008, dix-sept jeunes filles, élèves de la Gloucester high school, un lycée du Massachusetts, près de Boston, décident de tomber enceintes exactement au même moment. Liées par un mystérieux pacte, ces dix-sept lycéennes se promettent alors d’élever ensemble leurs futurs bébés. Gloucester, ville portuaire de 30 000 habitants sinistrée par la crise, fait alors la Une des journaux.
Quand elles apprennent cette “incroyable et intrigante histoire”, Delphine et Muriel Coulin pensent aussitôt qu’elle aurait pu se passer à Lorient, ville que ces filles de prof ont quitté à l’âge de 17 ans et qui, elle aussi, porte les stigmates des crises passées. “Deux villes qui souffrent, deux villes de part et d’autre de l’Atlantique, deux villes où, depuis trente ans, on répète aux jeunes que ce sera dur, qu’ils n’auront pas de métier”.
Le sujet est trop beau, il contient tant de thèmes chers aux sœurs Coulin – la féminité, le corps, l’écoulement du temps – pour qu’il leur échappe. Auteurs de cinq courts-métrages, Delphine et Muriel décident d’adapter le fait divers de Gloucester sur grand écran. “On a aussitôt vu dans cette histoire la possibilité de s’éclater sur des scènes de joie, tout en allant vers la mélancolie et la désillusion. Un mélange de tons vers lequel, finalement, on se retrouve inexorablement”. Après cinq semaines de tournage à Lorient lors de l’été 2010, 17 filles, sort en salles le 14 décembre.

Une documentariste et une romancière
Muriel, l’aînée, vit à Lorient presque toute l’année. Delphine, elle, a un appartement dans le Marais, à Paris. Hors des plateaux de tournage, la première, passée par l’école Louis-Lumière, réalise des documentaires. Le dernier en date est un portrait d’Olivier de Kersauson, destiné à la collection de France 5, Empreintes. La seconde, diplômée de Sciences-Po et ancienne chargée de programmes à Arte, écrit des romans dont notamment Les Traces, chez Grasset, Samba pour la France, au Seuil. C’est dans un café du Marais qu’on retrouve les deux sœurs. Crevées. “Exsangues”. Un Vittel pour Delphine, un expresso pour Muriel. Et les voilà qui racontent, chaleureuses et souriantes, leur histoire. Et ces derniers mois particulièrement mouvementés.

“Politiquement incorrect”
Depuis Cannes, où le film a été sélectionné pour la Semaine de la critique, elles n’arrêtent pas. Hier, c’était le Canada, l’Inde et La Réunion. Demain, ce sera l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, Buenos Aires et Los Angeles. Sans oublier les projections en France. Muriel : “On croit qu’on a fait un petit pas quand on a l’expérience de cinq courts-métrages, mais pas du tout. Tout est différent : la mise en scène d’abord, mais aussi la pression, le marketing”. En septembre, le film a également obtenu le Prix Michel d’Ornano lors du Festival de Deauville.
Depuis qu’elles se sont saisies d’une caméra en 1995, Muriel et Delphine Coulin ancrent leur cinéma dans le réel. Leur passé dans le documentaire, l’une en tant que réalisatrice, l’autre en tant que productrice, n’y est sans doute pas pour rien.
Pour leur premier “long”, les sœurs Coulin se révèlent être aussi de formidables esthètes : 17 filles est tout simplement un beau film. Quant aux jeunes filles, elles y sont exceptionnelles. Sur le fond, 17 filles ne manquera pas de rouvrir un débat, que des films comme Juno ou des fictions télé comme Clem, sur TF1, avaient suscité. Ces adolescentes semblent en effet heureuses de leur future condition de mère, et l’un des rares personnages adultes du film, une prof, féministe interprétée par la mère des réalisatrices, suggère que cette décision collective serait finalement un progrès. Après tout, ces jeunes filles ne feraient rien d’autre que se réapproprier leur corps.
“C’est un film politiquement incorrect”, explique Delphine. “En revanche, notre propos est très clair : on ne fait l’apologie de rien du tout. On ne dit pas aux filles de seize ans : arrêtez vos études, faites des enfants et devenez mère de famille. Absolument pas. Mais ces filles-là, dans un monde qui ne leur propose pas grand-chose en dehors de faire des études, d’avoir un métier et un salaire, peuvent effectivement voir la grossesse comme un moyen d’émancipation. Dans un monde comme celui-là, où l’horizon est étriqué et où les grands rêves d’il y a trente ans n’existent plus, ces filles se disent : Quels sont les moyens dont je dispose si je veux changer de vie, radicalement et immédiatement ? Et bien, elles ont leur corps”.

Par Alexandre Le Drollec

Photo Emmanuel Pain

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