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Qui Fait la Bretagne ?

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Réchauffement climatique, jusqu'ici tout va bien

01/01/2012
Sein sous les flots, Saint-Malo un rocher au large, Redon entourée d’eau, des étés sous la canicule... Même si les études au niveau local manquent et que les incertitudes sont encore nombreuses, la Bretagne n’échappera pas aux conséquences du réchauffement climatique qui est en train d’affecter la planète : augmentation des températures, élévation du niveau de la mer… Les défis sont nombreux.

Une ville sur pilotis, des maisons flottantes, des rues suspendues en forme de passerelles… Voilà à quoi ressemble l’Île de Sein, les pieds dans l’eau, dans le projet conçu par la jeune Anne-Aël Tournier, élève en école d’architecture, elle-même originaire de l’île. De la science-fiction ? Sans doute pas tant que cela. Car l’Île de Sein pourrait bien être aux premières loges dans les changements que le monde va connaître. Sous l’effet du réchauffement de la planète, le niveau de la mer va monter. Et la petite île finistérienne, d’une hauteur moyenne d’1,50 m, risque de se retrouver sous le niveau de la mer.
“On voit les premiers signes”, annonce Serge Coatmeur, premier adjoint du maire et gardien du phare de l’île. “Ici, on constate l’élévation du niveau de la mer. Même quand ce ne sont pas des coefficients énormes, la mer est plus haute qu’avant. Ça a changé”, confirme-t-on à la mairie. La fréquence des événements extrêmes comme les tempêtes, provoquant des dégâts décuplés par l’élévation du niveau de l’eau, pourraient être la conséquence du dérèglement du climat. Et à Sein, on en est bien conscient. En mars 2008, une terrible tempête a secoué l’île. Les vagues venaient frapper les maisons du port. Les digues ont souffert. Et la terre a perdu du terrain, quelques mètres de côte à l’ouest de l’île grignotés par la mer. “Ça fait réfléchir”, avoue Serge Coatmeur. “On n’est pas angoissé, seulement préoccupé.”

Pas d’études locales
Le réchauffement climatique frapperait donc aux portes de la Bretagne. Franck Baraer, responsable du service climatologique pour l’Ouest à Météo France confirme :“Le réchauffement global est indéniable. Et on constate aussi un réchauffement dans l’Ouest”. Au-delà de la grande variabilité du climat breton, de la succession d’étés frais et d’hivers franchement froids que la région a connus, les vingt dernières années ont été particulièrement chaudes.  
Les accords internationaux, réaffirmés début décembre à la conférence de Durban, veulent tenter de limiter le réchauffement de la planète à 2°. “C’est déjà énorme !”, assure Franck Baraer. “C’est un changement de climat complet. Cela revient à déplacer le climat de 500 km – ou au moins de 300 – vers le sud. Rennes aurait donc le climat de Bordeaux.” Encore faut-il prendre en considération que ce chiffre de 2° semble de plus en plus sous-estimé (voir entretien avec Jean Jouzel pages suivantes). On parle désormais de 4 ou 5, voir 6° d’augmentation des températures…
Alors quelles conséquences sur la Bretagne ? Difficile de répondre en l’état actuel des connaissances. Les études d’impact au niveau régional sont encore inexistantes : trop d’incertitudes sur l’évolution des choses… Mais plusieurs éléments sont d’ores et déjà actés.

Analyser la vulnérabilité
Dominique Ramard, conseiller régional, est le président de Climsat, un organisme de l’Onu consacré à la lutte contre le réchauffement climatique, basé à Brest : “Il y a beaucoup d’incertitudes. Mais en Bretagne, on sait que l’agriculture, les espaces naturels, la pêche, le littoral, la santé, le tourisme seront des secteurs qui seront touchés.” Augmentation des températures, rayonnement solaire plus fort, plus grande fréquence des phénomènes extrêmes (canicules…), élévation du niveau de la mer…   
Le conseil régional a donc lancé une étude, dont les résultats sont attendus pour mars 2012. L’idée ? Mettre des indicateurs pour analyser la vulnérabilité des territoires. “Quel impact par exemple de l’élévation du niveau de la mer, dans les marais de Redon, ou à Saint-Malo, où une partie de la ville est en dessous du niveau de la mer ? Il ne s’agit pas de faire peur aux Malouins, mais de donner des éléments pour que les territoires puissent s’en emparer.”

La prise de conscience
Car il y a des mesures à prendre : “Les logements, les infrastructures portuaires, les aménagements littoraux… Il faut qu’on anticipe sur l’urbanisme pour intégrer l’élévation du niveau de la mer, les tempêtes plus fortes… L’agriculture doit travailler vers plus de souplesse et de robustesse. Il faut qu’elle soit moins dépendante de certains facteurs. Par exemple, il faut prévoir du stockage de fourrage pour les sécheresses…”
Mais l’élu concède le peu d’intérêt que semble susciter le sujet, malgré l’urgence de la situation : “On a encore du mal à prendre la mesure du type d’actions à conduire. Aujourd’hui, on est encore dans une phase de prise de conscience. Mais c’est au niveau des collectivités locales que la prise de conscience est la plus forte”. “L’action au plus près du terrain est la plus pertinente, elle n’attend pas que les accords internationaux soient signés.”
À Sein, les travaux de prolongation des digues de l’ouest de l’île viennent de se terminer. Ceux de consolidation des digues du port vont commencer. Et les habitants, à l’image de Serge Coatmeur, font le dos rond : “Nous, on est au courant, on le sait. C’est un peu comme si on vivait au pied d’un volcan. On sait qu’une catastrophe est possible. On vit quand même très
bien avec”.

Par Maiwenn Raynaudon-Kerzerho

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