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Qui Fait la Bretagne ?

Le premier "Who's who bretons" voit enfin le jour. Basé sur des centaines de portraits rédigés depuis 2005 par nos journalistes, nous mettons ces ressources à votre disposition. Entrepreneurs, scientifiques, sociologues, politiques, etc… Découvrez les hommes et les femmes qui font la Bretagne.

Amandine Dewasmes

01/02/2012
Présélectionnée pour le César 2012 du meilleur espoir féminin, pour son rôle dans Toutes nos envies, la jeune actrice rennaise s’impose aujourd’hui après des hauts et des bas.

Un jour, le téléphone a arrêté de sonner. Plus aucune proposition, rien. Pourquoi là et pas à un autre moment ? Ça, elle n’en sait toujours rien. En tout cas, il s’en est fallu de très peu pour qu’elle abandonne et qu’elle renonce à cette carrière de comédienne qu’elle voulait tant. C’était il y a deux ans. Amandine Dewasmes (prononcez Deouame, sans le “s”) s’est alors retrouvée employée dans une boulangerie du 15e arrondissement de Paris, puis à vendre du Nescafé dans la rue et les centres commerciaux de Marne-la-Vallée. Alors, comme un ultime “acte désespéré”, elle s’est également inscrite à des cours par correspondance pour se lancer dans des études d’orthophoniste.  
Comme une bouteille jetée à la mer, elle a alors pris la plume et adressé une lettre à Tatiana Vialle, directrice de casting rencontrée par le passé. Une missive pour lui dire son désarroi, mais surtout son besoin de travailler, son “besoin de cachets”. La destinataire, apparemment sensible à la démarche, devient son ange gardien. Et comme par enchantement, les propositions arrivent. Début 2010, il y a d’abord eu un petit rôle dans Une Exécution ordinaire, de Marc Dugain, puis la même année, un autre rôle dans L’Arnacœur, comédie aux 4,7 millions d’entrées avec Romain Duris et Vanessa Paradis. Enfin, et surtout, il y a eu Toutes nos envies, de Philippe Lioret, sorti en novembre dernier, dans lequel elle partage l’affiche avec Vincent Lindon et Marie Gillain. Aujourd’hui, elle travaille, elle “s’éclate”. Tout sourit désormais à
Amandine Dewasmes.

Révélation à Bréhat
Paris, un restaurant italien du 9e arrondissement. On est à deux pas de Pigalle. La comédienne, habitante du quartier, y a ses habitudes. Elle pousse la porte, s’assoit, commande un café et apparaît très vite souriante. Elle le prouvera durant toute l’interview et ensuite durant la séance photo. On peut être une actrice en devenir et savoir rester simple.
Amandine Dewasmes a 31 ans. Elle est née à Rennes, “clinique de la Sagesse”, précise-t-elle. Le cinéma n’est pas, chez elle, affaire d’ADN. Son père organise des salons dans l’univers de la bijouterie et sa mère, après une carrière dans la fonction publique qui l’a menée de l’inspection du travail de Rennes à la mairie de Paris, profite de sa retraite et vit à Brasparts, dans les Monts d’Arrée.
À onze ans, elle s’inscrit dans une école de théâtre près de Rennes. À l’époque, le réalisateur Jérôme Foulon recherche plusieurs enfants, dont une fille, pour son film, Les Enfants des naufrageurs, avec Jean Marais et Michel Duchaussoy qui doit se tourner sur l’île de Bréhat. La jeune Amandine passe un casting et obtient son premier rôle. Résultat : “Un bide monumental” pour le film mais une révélation personnelle, elle sera comédienne. Dans la foulée, elle s’inscrit dans un atelier théâtre d’une MJC rennaise.

Du théâtre avec anna Mouglalis
À 13 ans, elle quitte la Bretagne pour Paris et s’inscrit ensuite au cours Florent. Elle n’en garde pas un bon souvenir. “Il fallait se battre pour aller sur le plateau. Ado, je n’étais pas vraiment winner dans l’âme. En fait, j’avais même plutôt tendance à me cacher quand il fallait se montrer”. La carrière semble pourtant lancée : les téléfilms s’enchaînent (“plus ou moins bien”, dit-elle), et au théâtre, on la voit dans L’Éveil du printemps, pièce mise en scène par Yves Beaunesnes, dans laquelle elle partage l’affiche avec une autre espoir, et une autre Bretonne d’origine, la Nantaise
Anna Mouglalis.
À 19 ans, elle entre au Conservatoire national d’art dramatique de Paris. Là, elle apprend une méthode de travail. “Il fallait casser tous ces petits trucs de comédiens qu’on avait déjà”. Elle réapprend donc les bases : dire, marcher sur un plateau, jouer, décortiquer un texte. Elle passera trois ans au Conservatoire.
Quand elle en sort, le théâtre lui tend les bras. Elle retrouve Yves Beaunesnes, joue également sous la direction de Christophe Honoré. Mais les portes du cinéma, elles, ne s’ouvrent pas. À partir de là, il y aura des hauts, des bas. Jusqu’à ce rôle que lui a offert Philippe Lioret. Un rôle en or qui vaut à cette admiratrice d’Emmanuelle Devos d’être présélectionnée pour le César 2012 du meilleur espoir féminin.
Les mois de galère semblent désormais loin et l’horizon s’est très largement éclairci. Le mois dernier, elle tournait un nouveau film avec Juliette Binoche et Edgar Ramirez (Un Singe sur l’épaule). Aujourd’hui, Amandine Dewasmes a pris “conscience qu’elle avait peut-être sa place dans le cinéma”. Le “peut-être” est important.
Inquiète, superstitieuse, elle n’oubliera jamais les moments de doute. “Ça paraît loin et en même temps, pas tant que ça. C’est un métier où, et je le sais parce que je l’ai vécu, tout peut s’arrêter à n’importe quel moment. D’ailleurs,  je ne serai plus jamais tranquille”.

Par Alexandre Le Drollec

Photo Emmanuel Pain

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