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Qui Fait la Bretagne ?

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Marion Excoffon, un pari gonflé

01/03/2012
Designer installée à Baden, dans le Morbihan, Marion Excoffon, 27 ans, a mis au point le Swell, un dériveur gonflable et portatif. Une innovation qui, après avoir reçu le label de l’Observateur du design, sera exposée au Salon nautique de Vannes du 16 au 18 mars.

Le terme anglais swell peut se traduire de plusieurs façons. Il peut aussi bien désigner la houle que l’action de gonfler. Il peut également, quand on lui accole le mot fish, désigner un poisson porc-épic, ce poisson qui grossit à vue d’œil et sort ses épines dès qu’il voit un danger se profiler. Swell, c’est aussi le nom qu’a choisi Marion Excoffon, 27 ans, designer installée dans le Morbihan, pour sa dernière trouvaille : un dériveur à coque gonflable, qui se gonfle et se dégonfle en vingt minutes chrono et se range dans un coffre de voiture ou un sac à dos. Aujourd’hui à l’état de prototype, ce drôle de bateau de 3,20 m sur 1,30 m et de 25 kg sera exposé du 16 au 18 mars au Salon nautique de Vannes.   

“J’aurai mon propre bateau”
C’est dans le Golfe du Morbihan, dans sa maison de Baden, que la jeune femme finalise son projet. Fille d’architecte, originaire de Sainte-Foy-lès-Lyon, dans le Rhône, elle y a jeté l’ancre depuis un an, charmée par cet endroit “paisible et merveilleux, qui est également une formidable source d’inspiration”.
Cette idée de Swell germait depuis longtemps dans l’esprit de la jeune femme qui, toute petite déjà, naviguait sur un First 30
avec ses parents. “Quand j’ai commencé à vouloir naviguer seule, mon père ne voulait pas me prêter son bateau. Un jour, je lui ai dit : Écoute papa. Si c’est comme ça, j’aurai mon propre bateau. Un bateau que j’aurai dessiné, réalisé et fabriqué”. Après un bac en arts appliqués, six années à étudier à l’Ensci Paris, l’École nationale supérieure de création industrielle, où elle a appris à “regarder les matériaux et à savoir les utiliser”, et trois mois en 2009 au sein de l’agence de design Fritsch Associés, dont l’une des spécialités est le dessin de bateaux, l’idée se précise encore un peu plus.

Exposé à la cité des sciences
Dès le départ, Marion Excoffon imagine un bateau “transportable”. Elle s’intéresse alors à un modèle de kayak inuit et se penche rapidement sur l’exploitation d’un matériau très spécial, le textile à double paroi. Souvent utilisé dans l’univers du nautisme, ce matériau, pliable et rigide à la fois, était jusque-là surtout utilisé sous forme plane. Et c’est là qu’intervient l’astuce : Marion Excoffon va en effet décider d’apprivoiser ce textile à double paroi, jusqu’à le mettre en forme et le courber à sa convenance. Jusqu’à parvenir à réaliser une coque à carène suffisamment hydrodynamique.
En 2010, un premier prototype voit le jour. Il s’agit d’abord de tester la viabilité du projet. Aujourd’hui, Marion Excoffon en développe un second. Ce dernier devra s’approcher au maximum d’un produit final. Il lui reste maintenant à optimiser quelques détails : augmenter le diamètre des barres d’aluminium, peaufiner les dessins de la voile, affiner légèrement la coque, simplifier quelques pièces.
Le petit monde du design a d’ores-et-déjà été séduit par le Swell. L’invention a en effet reçu le label de l’Observateur du design, récompense qui distingue les meilleures innovations et qui vaut au bateau d’être exposé jusqu’à la mi-mars à la Cité des sciences et de l’industrie de Paris. “Une belle reconnaissance”, selon la jeune femme. Un brevet est également en cours de dépôt.
Obstinée, Marion Excoffon n’est pas du genre à relâcher l’effort. Elle a financé son Swell à force de volonté et “à grands coups de sourires”. “Avant la commercialisation, il ne manque plus grand-chose”, affirme-t-elle. “Un ou deux prototypes et ce sera bon”.

“Créer des produits évidents”
Avec son compagnon, elle est actuellement en train de créer une entreprise. Ensemble, ils espèrent déjà pouvoir écouler 25 Swells dès l’été 2012. La vente se fera essentiellement en direct via Internet. “En 2013, on devrait ensuite le trouver chez des distributeurs, dans des magasins d’accastillage”, assure-t-elle. Le prix de vente avoisinera les 5 000 €. “Soit le prix d’un dériveur classique”, précise-t-elle.
Hormis le Swell, bien d’autres objets sont sortis et sortiront encore de l’imagination de cette designer indépendante, également enseignante à Lisaa, l’Institut supérieur des arts appliqués de Nantes. Elle a ainsi mis au point un “porte ami” pour vélo, ou encore le Kathedra, une chaise qui se déploie également en banc. “Ma philosophie de travail est de créer des produits simples, évidents. Une fois que les produits sont terminés et existent, j’aime quand on se dit : Oui, c’est ça, c’est évident”. Ce qu’elle aime, c’est quand on lui fait remarquer : mais c’est dingue, pourquoi personne n’y avait pas pensé plus tôt. Là, elle jubile. Pourquoi ? “Parce que ce n’est pas si simple de créer des évidences”.

Par Alexandre Le Drollec

Photo Emmanuel Pain

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