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Qui Fait la Bretagne ?

Le premier "Who's who bretons" voit enfin le jour. Basé sur des centaines de portraits rédigés depuis 2005 par nos journalistes, nous mettons ces ressources à votre disposition. Entrepreneurs, scientifiques, sociologues, politiques, etc… Découvrez les hommes et les femmes qui font la Bretagne.

Eric Brunet, profession polémiste

01/03/2012
Animateur sur RMC, auteur de Dans la tête d’un réac et de Pourquoi Sarko va gagner, le Nantais Éric Brunet, qui défend une certaine idée de la droite intellectuelle, est l’un des chantres cathodiques de la “réaction”.

On ne naît pas réac, on le devient. Éric Brunet, lui, l’est vraiment devenu le 10 mai 1981, le jour de la victoire de François Mitterrand à l’élection présidentielle. À 20 h, le portrait du socialiste s’affiche sur l’écran de la télé familiale. Champagne ! “Pour mes parents, socialistes tous les deux, du genre à parler politique sur des sofas orange dans des pièces enfumées, ce fut un aboutissement absolu”. À 20 h 01, les bouchons sautent. Le jeune Éric Brunet, 12 ans, s’en prend un directement dans l’œil et doit “célébrer” l’avènement de la gauche aux urgences du CHU de Nantes. “Symboliquement, je suis entré en résistance ce jour-là”, dit-il.
Symbole mis à part, il commence alors “à détester ce monde”, “cette société qui ressemblait de plus en plus à un foyer socio-éducatif”. En réaction à sa gauchiste de famille, il se met à porter au pinacle François Mauriac, Henry de Montherlant, Marcel Aymé et Roger Nimier, crée un très confidentiel Mouvement anticommuniste clandestin et devient scout de France. Tout ça en adulant le mouvement punk et le FC Nantes.

“Les mentalités ont évolué”
En l’espace de quatre livres (Être de droite, un tabou français, Être riche, un tabou français, Dans la tête d’un réac et Pourquoi Sarko va gagner, sorti en janvier chez Albin Michel), Éric Brunet est un peu devenu le réac de service de l’univers cathodique. “Avec Éric Zemmour, Élizabeth Levy ou Robert Ménard – même si je suis certainement plus libéral – je fais aujourd’hui partie de ce petit groupuscule d’esprits libres, affilié à aucune officine ni à aucun parti”.
Rhéteur, bretteur, adepte des confrontations oratoires, l’intéressé aime les joutes médiatiques. “J’ai toujours trouvé que la pensée de droite était très enclavée dans le monde intellectuel et médiatique. Dans le débat public, il y avait autrefois une intelligence de droite, des intellectuels de droite. C’est donc une vraie jubilation pour moi, qui adore l’escrime, de me retrouver sur un plateau avec des gens qui me regardent d’un air suspicieux en se demandant : mais qu’est-ce que c’est que ce mec-là ?”. Aujourd’hui, “les mentalités ont évolué”, observe-t-il. “On se bouche moins le nez quand j’arrive sur un plateau. Avant, on m’amenait mon Coca zéro, on m’installait dans un coin et les gens évitaient scrupuleusement de venir serrer la main du mec de droite. Au Grand Journal, j’ai vécu ça. J’avais à côté de moi Bruno Solo, une comédienne et un écrivain maudit que personne ne connaissait : tout le monde allait les voir. En revanche, le mec de droite, on passe à côté, on regarde et on est un peu gêné. Il ne sent pas mauvais mais un peu quand même !”.

“Une carrière médiocre”
On retrouve Éric Brunet dans les locaux de la station RMC, presque un mois après la sortie de Pourquoi Sarko va gagner. Depuis novembre, sa nouvelle émission quotidienne, Carrément Brunet, cartonne : + 32% d’audience par rapport à la même période l’année dernière. Son essai prophétisant la victoire du président sortant, lui, s’est déjà écoulé mi-
février à plus de 8 000 exemplaires.
Très vite, il nous assure : non, son personnage de “dandy” chantre de la réaction n’en est pas un ; oui, il est vraiment réac ; et non, il n’est pas enfermé dans une posture. Affirmer haut et fort ses idées lui aurait, au contraire, permis de s’ouvrir des portes. Notamment celles de RMC.
Avant ça, il faisait une carrière “médiocre”. “J’en ai bavé, vingt d’ans d’enfer à pleurer sous la douche le soir chez moi. Parce que les rédacteurs en chef, quand ils vous refusent quelque chose, ce n’est jamais parce que vous êtes de droite. Non, on vous dit : tu n’es pas dans le bon tempo, tu manques de maturité pour faire tel ou tel reportage. Mais au bout d’un moment, on comprend que parce que vous n’avez pas les mêmes offuscations, parce que vous ne partagez pas les mêmes indignations, parce que vous ne rampez pas devant les associations antiracistes, vous êtes mis à la marge et on vous soupçonne de faire partie de la cellule riposte de l’Élysée !”.
Cette carrière “médiocre”, Éric Brunet l’a débutée à l’Ouest. Gascon, il a grandi à Nantes entre l’âge de 7 et 20 ans. Son père, ingénieur à EDF, y avait été muté. Après l’École de journalisme de Tours, il remet le cap vers l’Ouest et entre à FR3 Bretagne. À 23 ans, il y présente son premier JT et apprend le métier sur le terrain. “J’ai adoré cette aventure bretonne : exaltante, belle et diverse”. Après deux ans de FR3, où il participe à la création du magazine Littoral, il intègre La 5 et devient le correspondant de la chaîne pour l’Ouest de la France. À Paris, il rejoint ensuite la société de production Téléparis, aux côtés de Stéphane Simon et Thierry Ardisson.

“Pas journaliste mais polémiste”
Épinglé par quelques sites Internet (Rue 89, Mediapart) pour des “ménages” (prestations payées par les entreprises), Éric Brunet a également été le directeur de la communication de Vitalia, groupe propriétaire d’une cinquantaine de cliniques. Aujourd’hui, il n’est plus en fonction mais continue de faire quelques “missions” pour eux, ainsi que pour d’autres. Pour être au clair avec ses activités, il rappelle qu’il n’est pas “journaliste” mais “polémiste”.
Présent sur beaucoup de fronts, Éric Brunet anime également une émission culturelle hebdomadaire sur France 3 Île-de-France, Le plus grand musée du monde, ainsi qu’une chronique politique sur BFM-TV, Direct de droite. Fou de “ce réformateur impénitent qu’est Valéry Giscard d’Estaing”, il aimerait aussi écrire un livre au titre déjà tout trouvé : Ma droite est plus belle que ta gauche !

Par Alexandre Le Drollec

Photo Emmanuel Pain

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