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Qui Fait la Bretagne ?

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Valier, à fleur de peau

01/05/2012
À l’image de l’homme, Le Paradis perdu, le second album du crooner brestois Valier, est un disque élégant, rare, poétique, sincère et singulier.

D’abord, décrire l’univers de Valier qu’il nous propose en ouvrant la porte de son appartement, un grand deux pièces au deuxième étage, rue Jean-Jaurès à Brest. Sur la table du salon : un disque d’Elliott Smith. Près d’une télé ne ressemblant en rien aux écrans plats qui inondent aujourd’hui nos foyers, une chaîne et une centaine de CD en vrac. Superbe et impériale, une Fender Telecaster trône sur un fauteuil en cuir noir près de la fenêtre, fauteuil qui doit habituellement accueillir la longue silhouette de l’artiste.
Passé l’univers, focus sur le personnage. Valier a 50 ans. On y croit toujours pas tant il en paraît dix de moins, mais bon, s’il le dit. Grand, élégant, racé, Valier a aussi du style : lunettes cerclées, qu’il enlèvera par coquetterie sans doute pour la séance photo, et costume sixties de dandy. Si seulement il n’y avait pas ce petit quelque chose en plus dans le visage et dans le regard, on serait tenté de voir Valier comme un être uniquement précieux. Mais Valier a une gueule, une vraie gueule, et elle suffit à trahir sa nature plus sombre, trash et destroy.
Depuis son nouveau port d’attache brestois, Valier – Patrick Chevalier à l’état civil – sort un second album en cinq ans. Un disque singulier, poétique et sincère qui, à Bretons, nous a surpris et séduits. Bien calé au milieu du salon, Valier raconte son parcours étrange et sinueux.  Un récit ponctué de volutes de fumées émanant de cigarettes qu’il ne cesse de rouler de ses mains tremblantes.

“Brest, une petite république”
Père ouvrier et mère au foyer, Patrick Chevalier est né à Châteaubriant. Enfance ennuyeuse et  adolescence solitaire, il est animé par une “envie de sortir de la routine”. Il prend donc un stylo, une guitare et écrit des chansons. On le retrouve ensuite à Rennes. Amateur de punk et de rock and roll, il monte là-bas plusieurs groupes et réussit à deux reprises à se produire aux Transmusicales : en 1983, avec Les Respectables, et deux ans plus tard avec Les Beaux Ténébreux. “Enfermé dans un personnage provocant et agaçant”, il quitte Rennes à 33 ans. Il garde aujourd’hui pour cette ville une profonde aversion : “C’est une ville dénuée de caractère et d’identité, sans tradition ni modernité, qui ne fait que singer Paris”.
Débute ensuite quinze années “d’errance”, de galère parfois, durant lesquelles il prête une oreille plus attentive à la chanson française (Yves Montand, Barbara). L’artiste trouve également le temps de décrocher une maîtrise de lettres, puis enchaîne les postes de maître auxiliaire. Il sillonne la Bretagne, jamais six mois au même endroit, et met ensuite le cap sur Paris. De petites piaules en jobs éphémères (il sera notamment ambulancier), le crooner poursuit là-bas son errance. “Au fil des voyages et des rencontres, j’ai aussi étoffé mon bagage musical”, dit-il. Puis vient l’heure du retour en Bretagne. Après une parenthèse lorientaise, il est pris dans les mailles du filet d’une Brestoise. Il est en rade depuis maintenant sept ans. “J’ai enfin trouvé dans cette petite République, loin de tout, dans cette ville underground par nature où la culture est vivante, une forme
d’équilibre”.
Il y a des constantes dans cette drôle de carrière, mouvementée et parfois chaotique, durant laquelle Valier a flirté avec les lignes et les interdits. La fidélité à la langue française en fait partie. “Pour moi, chanter et écrire en anglais est impensable. C’est presque une forme de lâcheté. Chanter en français, c’est assumer vraiment ce qu’on est et qui on est".
Justement, qui est Valier ? Au fil des titres de ce Paradis Perdu (Cigarettes sur cigarettes, Un homme perdu, etc.), l’artiste se révèle avec une certaine élégance. Les coulisses de la préparation du disque en disent long également sur le bonhomme. Sans label, le néo-Brestois a tapé dans sa réserve personnelle pour le sortir. “Il est prêt depuis deux ans mais je n’avais pas d’argent”. Une donation inattendue et voilà aujourd’hui le disque dans les bacs.

“Dans les gouffres”
Enfin, dans les bacs, pas vraiment puisque Valier n’a pas de distributeur. Ni de tourneur d’ailleurs. À ceux qui souhaitent découvrir son travail, cet “artisan de la chanson” propose de l’appeler ou de lui envoyer un mail. Tout est sur son site : http://valierexperience.free.fr.
Valier vit au jour le jour. Quand il n’écrit pas, il sculpte. D’un art à l’autre, il applique la même méthode : “Je m’attaque à un matériau brut et je laisse aller mon imagination”. Sa matière première en sculpture (des morceaux de charpentes de bateaux échoués, du bois rejeté par la mer), il va la chercher le long des côtes finistériennes, au pied des falaises ou dans la boue des abers. “C’est exactement comme la musique. Mes chansons, je vais aussi les chercher dans des gouffres”.

Par Alexandre Le Drollec

Photo Emmanuel Pain

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