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Mister V, humoriste 2.0

01/06/2012
Yvick Letexier, alias Mister V, est une star du web. Humoriste, chacun de ses sketches est vu entre un et trois millions de fois sur la toile !

Si vous avez plus de vingt ans, il y a de très fortes probabilités que vous n’ayez jamais entendu parler de Mister V. À moins d’être un “ancien” qui tient à rester dans le coup ou un parent curieux de voir devant quoi se bidonnent les “djeunz” aujourd’hui.
Et pourtant, Mister V, 18 ans, est une star. Dans le sillage de Norman ou de Cyprien, il est l’un de ces jeunes comiques qui cartonnent sur le net. Ignoré des médias traditionnels, il est plébiscité par les internautes.
À l’instar de ses camarades, Mister V – prononcez Vi – a explosé grâce à ses vidéos, des sketches de quatre ou cinq minutes enregistrés depuis sa chambre avec une simple webcam. Le visage bien planté face à la caméra, il traite de problématiques post-ado : le bac, le couple, le célibat, les boîtes de nuit, le permis de conduire… Le montage, artisanal et punchy, est efficace. Et le succès phénoménal. Hébergées sur Youtube, les vidéos de Mister V cartonnent : 60 000 followers (suiveurs) sur Twitter, 300 000 fans sur Facebook et entre un et trois millions de vue sur Internet ! Mister V aime rappeler que ses vidéos ont été vues au total à quarante millions de reprises !

“Un gros mec de la campagne”
Mister V, qui a hésité à s’appeler Mister Y, puis a finalement choisi la deuxième lettre de son prénom, est dans la vie comme à l’écran : casquette siglée d’un club de base-ball américain (San Jose), une boucle sur chaque oreille, l’air cool et le sourire dévastateur. À l’état civil, Mister V s’appelle Yvick Letexier. Métis, il est le fils d’un Breton de Dinan et d’une mère d’origine camerounaise. Biberonné aux vannes de La Grosse Émission, à l’époque où Kad Merad et Olivier Baroux faisaient les beaux jours de la chaîne Comédie !, Yvick est également un mordu de culture américaine. Fan de hip-hop et de NBA, il a grandi près de Grenoble dans un village de 1 300 habitants, Veurey-Voroize. “Je suis un gros mec de la campagne qui a toujours un peu renié ses origines”, ironise-t-il.
Yvick a ressenti très tôt l’envie de monter sur scène. À 13 ans, il s’inscrivait dans une troupe de théâtre amateur. Deux ans plus tard, il réalisait ses premières vidéos pour le web. Dix, cent, mille puis un million : au fil des mois puis des années, son public s’est élargi. Et les choses sérieuses ont commencé. “Ce petit truc qui partait pour être un délire est devenu un job”, raconte-t-il.
Comment expliquer cette soudaine percée ? Yvick invoque deux raisons. D’abord, l’écriture des sketches qui s’est améliorée : le rythme des vannes est plus réfléchi et les sketches prennent davantage en compte les attentes du public. “Les gens veulent voir leur vie à travers les vidéos, elles doivent être un miroir”, juge-t-il. Enfin, il y a eu l’explosion des réseaux sociaux (Facebook, Twitter) qui a accéléré la propagation
des vidéos.
La petite entreprise de Mister V s’est aujourd’hui professionnalisée. Yvick a quitté son village pour rejoindre
Paris, il a abandonné son IUT d’information communication et créé sa boîte de production. Il s’est également adjoint les services d’un agent, une ancienne d’EMI. Utile quand il s’agit de négocier des contrats avec des marques pour lesquelles il prête son image (Banque Populaire, NRJ...). “Elle négocie tout”,
dit-il. “Heureusement, car je n’ai aucune notion là-dedans. Je suis une brêle en paperasse. Et puis gérer son image, à 18 ans, ce n’est pas si simple”. Pas directement rétribué pour Youtube, Mister V vit de ses contrats publicitaires. “Je vis normalement, sans flamber”,
précise-t-il.

Un premier rôle au cinéma
Yvick Letexier doit tout au web. “C’est un énorme jump quand tu y penses. Toutes les étapes, je les ai sautées : les petites scènes, les cafés-théâtres. C’est ouf ! Parce qu’il y a plein de gens qui galèrent à faire des castings et tout. Nous, on fait des vidéos dans notre chambre et voilà”.
Et pourtant, un jour, il devra s’extraire de la toile. Abandonner la webcam et la chambre d’ado grenobloise. Pas simple non plus. “Quand on s’est fait connaître via ces vidéos, ce n’est pas facile d’en sortir. Les gens ne vous imaginent pas ailleurs, ils ne supportent pas le changement”.
Mais Mister V a pour lui une tchatche de dingue et une énergie criante. Il a déjà des projets plein la tête. Pour le grand écran d’abord : après avoir doublé le film Projet X, sorti en mars dernier, il écrit maintenant un film pour un réalisateur français, auteur de plusieurs comédies à succès. Il doit aussi hériter du premier rôle. Mister V, qui a des envies de scène, prépare également un one-man-show. Et sur les planches, il sera cette fois confronté à un public qui n’aura plus rien de virtuel.

Par Alexandre Le Drollec

Photo Emmanuel Pain

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