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Qui Fait la Bretagne ?

Le premier "Who's who bretons" voit enfin le jour. Basé sur des centaines de portraits rédigés depuis 2005 par nos journalistes, nous mettons ces ressources à votre disposition. Entrepreneurs, scientifiques, sociologues, politiques, etc… Découvrez les hommes et les femmes qui font la Bretagne.

Marie-Castille Mention-Schaar : "L'histoire de l'hôpital de Carhaix est incroyable"

01/07/2012
Productrice de Monsieur N et de La Première Étoile, comédie à succès dont elle a également signé le scénario, Marie-Castille Mention-Schaar est depuis peu passée derrière la caméra. Dans son deuxième film, Bowling, en salle le 18 juillet, elle raconte le combat mené en 2008 par les Carhaisiens pour la défense de leur hôpital. Firmine Richard, Laurence Arné et Mathilde Seigner y campent des Carhaisiennes passionnées de bowling et déterminées à sauver leur maternité, et Catherine Frot, une DRH chargée de régler le problème

Bretons : Comment avez-vous appris l’existence du combat des Carhaisiens pour défendre leur hôpital ?
Marie-Castille Mention-Schaar : J’adore Zone Interdite, une émission toujours bien foutue. En 2009, un de ses numéros était consacré aux “Français qui résistent”. Et parmi les sujets abordés, il y avait l’hôpital de Carhaix. C’est la première fois que j’entendais parler de cette maternité, de cette lutte et de l’heureuse issue qui s’en est suivie. J’ai commencé à me documenter et suis aussitôt partie là-bas.

Pourquoi avoir été sensible à cette histoire en particulier ?
J’aime les histoires de petits contre les grands, de faibles contre les forts. Surtout quand elles se terminent bien. Carhaix, c’est exactement ça, le pot de terre contre le pot de fer. Mais je ne suis ni militante ni politique. Moi, c’est simplement le côté humain qui m’intéresse, le côté “rien n’est irrémédiable”. Il y a quelque chose qui me touche dans ces histoires. Parce qu’elles donnent de l’espoir sans doute.

À quel moment vous êtes-vous dit : “Avec cette histoire, je tiens un film” ?
Je ne me suis pas vraiment dit ça. Je me suis plutôt dit : il y a des personnages qui m’intéressent, une histoire, un univers, un sujet. Après, je ne savais pas encore si j’allais en faire un film. Surtout qu’il fallait que là-dedans, j’y mette une dose de bowling. Car, indépendamment de tout ça, on était à la base parti sur un sujet de bowling sans vraiment savoir ce qu’on allait raconter. Quand j’ai vu le reportage de Zone Interdite, je l’ai regardé comme une spectatrice lambda. Le sujet m’a touché, est resté dans un coin de ma tête et m’a simplement donné envie d’aller à Carhaix, de voir, de me balader, de rencontrer les gens et de recueillir des histoires sur l’hôpital. C’est un sujet encore tellement à fleur de peau à Carhaix.

Vous découvriez Carhaix ?
Oui. Je connais pas mal la Bretagne pour y avoir passé beaucoup de temps. Ma grand-mère et mon père sont Bretons. Elle est née à Morlaix, lui à Lanester. J’ai aussi passé une grande partie de mon enfance à Saint-Malo, où étaient mes grands-parents. Mon grand-père paternel, pharmacien et acteur amateur dans une troupe malouine, y a fondé les Scouts marins. Ma grand-mère, elle, était liée à la famille Escoffier, les navigateurs. Mais Carhaix, non, je ne connaissais pas. Comme le Centre-
Bretagne d’ailleurs.

Pourquoi vouloir, à l’origine, faire un film sur le bowling ?
Un jour, un scénariste m’a proposé ce sujet-là. En soi, le mot bowling m’a plu. C’est un nom qu’on retient, c’est aussi l’évocation d’un univers sympathique et convivial. On en a ensuite parlé à un distributeur qui, lui aussi, à la simple évocation de cette idée de bowling, a tout de suite accroché. Sans rien de plus ! Ni projet ni rien. C’est aussi ça le cinéma parfois. En allant cette première fois à Carhaix, je découvre qu’il y a un bowling. Le soir même, je suis invitée à assister à l’entraînement du club féminin. J’y vais, je pose plein de questions, j’observe ces femmes qui, bien qu’elles soient des amateurs, s’entraînent chaque mardi soir, très consciencieusement. Finalement, je découvre le côté sérieux du bowling qui, pour elles, est plus un sport qu’un loisir. C’est là que je commence à tricoter cette histoire entre la maternité de l’hôpital et le club de bowling.

Hormis le bowling, qu’avez-vous découvert à Carhaix ?
La première fois que je suis venue, j’étais avec mon monteur. J’étais dans l’inconnu. Je ne connaissais personne et je n’avais appelé personne. Enfin si, j’avais appelé Christian Troadec (ndlr, le maire de Carhaix), mais il ne m’a jamais rappelée. Une fois sur place, tout a été simple. Les rendez-vous se sont enchaînés et on a rencontré des gens sympas, répondant à nos questions. Tous étaient extrêmement sensibles à l’évocation des évènements de 2008. Je suis revenue comme ça au moins trois fois. Pour continuer à assister à des
entraînements de bowling, pour m’imprégner de la ville, pour voir les gens et les comprendre. Comprendre la ville, aussi, son rythme. Carhaix est un personnage dans le film.

Comment les Carhaisiens ont-ils accueilli votre projet ?
Les Carhaisiens, et plus largement les Bretons, sont pudiques et ne veulent jamais se mettre en avant. Du coup, je les ai sentis à la fois très fiers et en même temps frileux voire inquiets de découvrir comment leur histoire allait être racontée. Ils étaient aussi intrigués de voir ce que venait faire le bowling là-dedans. Car Bowling, c’est l’histoire de quatre femmes, pas un film sur des manifestations. L’essence du film, c’est bien la résistance de Carhaix. Mais tout ça, dans une comédie. Ce n’est pas uniquement un film social, pas uniquement une comédie non plus. Il a fallu trouver un équilibre. J’espère l’avoir trouvé.

Comment s’est déroulé le tournage ?
Eh bien, super. D’autant que, miracle, peu de temps avant le tournage, on a enfin réussi à avoir Christian Troadec. C’est un personnage Christian Troadec. Un élu comme ça, c’est génial. Bref, quand il a compris ce qu’on voulait faire, il a réalisé. “Ah bon, un film sur Carhaix ! Ah bon, avec ce casting-là !”. Tout de suite, il nous a dit qu’il serait à disposition et qu’il nous aiderait comme il pourrait. Après, on a eu quelques soucis de logement, Carhaix n’étant pas une ville très développée en terme d’hôtellerie. Ça a été un peu galère, mais on y est arrivé.

Combien de temps êtes-vous restés ?
Un peu plus de deux mois. Sans compter la préparation. On a fait ça l’été dernier et on a terminé le 15 septembre. Ce n’était pas simple car il y avait le Tour de France, les Vieilles Charrues... On a profité de ces moments-là pour tourner les quelques scènes qu’on devait faire à Paris. Notre plan de travail était planifié en fonction de la vie intense à Carhaix !

Vos comédiennes se sont-elles bien acclimatées au Centre-Bretagne ?
Elles ont beaucoup aimé la région. Catherine (Frot), Firmine (Richard) et Laurence (Arné) étaient logées au Huelgoat et elles en ont profité pour visiter. Tout est très simple, naturel et agréable à Carhaix. Il n’y avait rien d’agressif. C’est cool, quoi... Elles se sont senties à l’aise et se sont laissé aller. Je crois que c’est surtout Catherine Frot qui a apprécié cette atmosphère. On a fait pas mal de petites fêtes à la fin de chaque semaine de tournage, aux Bonnets Rouges notamment, un resto de Carhaix. Comédiens, techniciens : tout le monde était là. Catherine était de celles qui restaient le plus tard sur la piste de danse ! Ça nous a tous étonnés au début, c’était agréable de la voir se laisser aller comme ça, danser, s’amuser.

Vous n’avez pas rencontré d’imprévus ?
Juste un retard de quinze jours dû à une tique bretonne. Elle ne venait pas de Carhaix, mais de Crozon ! (ndlr, piquée par une tique lors d’un précédent tournage à Crozon,  Mathilde Seigner a dû être hospitalisée plusieurs jours). À part ça, aucun problème particulier. Au contraire, ça a été une riche expérience pour tout le monde, sans doute liée au fait qu’il y a eu de la figuration locale. C’était super important pour moi, au-
delà même du symbole. Quand je devais expliquer une scène de manifestation par exemple, beaucoup l’avaient vécue. Après, est-ce que ça se voit à l’écran ? C’est toujours la question. Moi, j’ai l’impression que ça se sent. Mais peut-être pas...

Vous auriez pu tourner ailleurs, mais pour vous ça aurait été une “trahison”, dîtes-vous, envers les Carhaisiens.  
Ils ont mis tellement d’eux-mêmes dans ce combat. Unis, tous ensemble. Aller tourner dans un petit village des
Yvelines, bien sûr ça aurait coûté beaucoup moins cher, il n’y aurait pas eu non plus les Vieilles Charrues ni le Tour de France, mais oui, j’aurais eu le sentiment de les trahir. Il fallait que le film se tourne à Carhaix. Du coup, lorsqu’on a appris que la Région Bretagne ne nous aidait pas, on a trouvé ça dommage. Même si à la fin on a eu une petite aide de 50 000 € qui, pour moi, est plus symbolique qu’autre chose. Mais elle existe et on est content de l’avoir eue.

Votre premier métier, c’est journaliste. Est-ce aussi pour ça que vous vous êtes penchée sur cette histoire ?
Sans doute. Ma nourriture, c’est quand quelqu’un me raconte des histoires, qu’il y met des détails et des anecdotes. La seule différence, c’est que je ne le fais pas en pensant article mais en pensant film et scènes. Il y a de toute façon tellement d’histoires à raconter, tellement de personnages. Moi, j’aime les héros qui sont des gens simples. On devrait  beaucoup plus parler d’eux. Carhaix, pour moi, c’est ça. Ce combat, cet optimisme, cette ferveur, cette solidarité, l’histoire de l’hôpital de Carhaix est incroyable. On devrait toujours parler davantage des gens qui font des trucs comme ça. Ça nous tire vers le haut, nous donne des idées, nous inspire et nous fait sortir de notre morosité. C’est bien d’avoir des exemples. Et Carhaix en est un.

Pour finir, il paraît que vous lisez Bretons ?  
Oui ! C’est d’ailleurs à la lecture de Bretons que j’ai trouvé le nom du personnage de sage-femme interprété par
Mathilde Seigner. Un jour, je suis tombée sur une interview de Yannick Le Bourdonnec, un journaliste qui a monté une agence de com’. J’ai bien aimé cette interview et je cherchais un nom. C’est comme ça qu’est né le nom de Mathilde Le Bourdonnec !

Par Alexandre Le Drollec

Photo Emmanuel Pain

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