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Qui Fait la Bretagne ?

Le premier "Who's who bretons" voit enfin le jour. Basé sur des centaines de portraits rédigés depuis 2005 par nos journalistes, nous mettons ces ressources à votre disposition. Entrepreneurs, scientifiques, sociologues, politiques, etc… Découvrez les hommes et les femmes qui font la Bretagne.

Fabien Causeur, rebond permanent

01/07/2012
Élu meilleur joueur du championnat de France, le Brestois devrait participer aux Jeux Olympiques et pourrait gagner une médaille aux côtés de Tony Parker ou Joakim Noah. Une consécration pour un jeune homme qui revient de loin.

Ne vous trompez pas. Sous ses allures d’étudiant sage et son visage d’ange se cache une vraie force de caractère. Ce garçon a de la moelle. Car rien ne lui a jamais été offert sur un plateau. Si aujourd’hui Fabien Causeur fait partie du gotha du basket européen, il ne le doit qu’à lui-même, à sa volonté et son talent qu’il a imposé année après année. Le Finistérien a longtemps été l’une des victimes de la pensée unique du monde du basket, influencée par la NBA, qui n’accorde que peu de place à ce genre de joueur tout en intelligence, en finesse et au QI basket extrêmement développé.
Fabien Causeur vient d’être élu meilleur joueur du championnat de France, devrait faire partie de l’équipe de France qui jouera une médaille aux Jeux Olympiques et signera bientôt un contrat dans un des plus grands clubs européens. Une réussite exceptionnelle qu’il résume d’un surprenant : “J’ai eu beaucoup de chance”. “Oui, si je n’avais pas été remarqué lors d’un match de Coupe de France en cadet, je crois que vivrais toujours à Brest et je serais pompier, je pense”.

“J’étais tout petit”
Pompier, oui, sûrement. Une passion d’enfant mais avec Fabien, ce n’est pas une parole en l’air. Une fois son bac S en poche, il a entrepris un IUT d’hygiène, sécurité, environnement, “pour devenir pompier”, alors qu’il était déjà lancé dans la carrière. “J’étais en équipe espoirs au Havre. J’avais un emploi du temps adapté en fonction des entraînements. J’ai eu ma première année. Après, c’est devenu plus difficile.” Joueur de basket, oui, tout autant. À Brest, bien sûr. Comment faire autrement quand on est issu d’une famille où la vie a toujours été rythmée par les rebonds de la balle orange. André, le grand-père, est entraîneur à la Kerbonne de Brest. Son meilleur joueur n’est autre que Guy, son fils. Fabien prend sa première licence à 4 ans à Plouzané.
Coaché par son père, Guy – “Il était dur avec moi, jamais satisfait après les matches. Il me critiquait après les défaites mais toujours en me disant que c’était pour me faire progresser” –, il avance sans heurt. À 12 ans, alors qu’il est benjamin à Plouzané, il connaît ses premières sélections : départementale, régionale puis interzone. “J’étais adroit mais pas dominant”, se souvient-il. Puis, il rejoint le PL Recouvrance avec qui il évolue en minimes régions mais se heurte au handicap du basketteur en herbe : la taille. “J’étais tout petit”. Fabien se retrouve alors en équipe réserve cadets… Premier coup d’arrêt.
“Puis, j’ai commencé à grandir. À 15 ans, je mesurais 1,70 m.” Fabien sait qu’il entame sa croissance. “Je chaussais quand même du 46/47”. Il commence à pousser. “D’un coup”, dit-il. Dix centimètres la première année, dix centimètres encore la deuxième année. Il intègre alors l’équipe 1 cadets, que son père a rejoint en tant que coach, et sa carrière décolle. Le PL Recouvrance flambe et se qualifie en quart-de-finale de la Coupe de France cadet. En face, c’est Le Mans et ses futurs joueurs pros dont un gamin du nom de Nicolas Batum. Causeur brille dans la défaite. Franck Simon, le conseiller technique du département, en parle aux Manceaux.  Qui le prennent à l’essai mais lui préfèrent un autre joueur, Lamine Kanté, aujourd’hui un anonyme du circuit... Deuxième coup d’arrêt.
Les Manceaux le recommandent malgré tout au Havre. Le “petit” Fabien est devenu un grand (1,92 m) arrière/meneur de talent. “Tu fais les mêmes choses qu’avant sauf que tu es plus grand de vingt centimètres. Tout devient plus facile”, dit-il. Le basket français le découvre. Il connaît sa première sélection nationale en équipe de France espoirs. Puis, il rejoint Cholet. S’y impose match après match. Au point de devenir l’un des leaders de cette équipe qui remporte le titre de champion de France en 2010, puis candidat à l’équipe de France qu’il intègre lors du Mondial en Turquie.
Malgré une blessure en 2011 qui le prive d’une bonne partie de la saison, sa progression se poursuit, linéaire, jusqu’au sommet. Aujourd’hui, il est courtisé par une demi-douzaine de grands clubs espagnols et italiens. Mais la NBA ? “Pff… On ne me regarde pas comme un joueur NBA. Je crois que ce n’est pas mon jeu.” Enfin, il n’en est pas bien sûr. Il ne sait pas vraiment.

“J’aurais aimé parler breton”
Ce dont il est certain en revanche, c’est de son attachement à la Bretagne. À Brest, d’abord. “Je n’aime pas quand on dit du mal de ma ville. Je me surprends à la défendre… Et puis, après tout, quand il pleut, ça a aussi du charme”. À la région, bien sûr. Lorsque Cholet remportera à Bercy la finale du championnat de France 2010, on le verra courir, tout à son bonheur, enroulé dans un Gwenn-ha-Du. “C’est ma mère qui me l’a donné à la fin du match. J’ai couru avec sur le terrain. Je l’ai gardé autour de mon cou. Les autres gars de l’équipe m’ont regardé bizarrement. Ils m’ont dit : qu’est-ce que c’est que ce drapeau ? C’était amusant.”
La Bretagne ? “C’est étonnant comme les Bretons sont soudés entre eux. Quand tu en croises un dans une salle, que ce soit un coach, un joueur ou un journaliste, il y a toujours cette façon de se sentir de la même famille… J’ai un regret par rapport à ça. J’aurais tellement aimé parler breton. Quand je vois les Antillais ensemble qui se parlent en créole, je trouverais ça tellement bien de pouvoir le faire entre Bretons.” Alors, pour se racheter, Fabien nous a fait une promesse : “Si je monte sur le podium olympique avec l’équipe de France, je prendrais mon Gwenn-ha-Du avec moi…”

Par Didier Le Corre

Photo Emmanuel Pain

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