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Qui Fait la Bretagne ?

Le premier "Who's who bretons" voit enfin le jour. Basé sur des centaines de portraits rédigés depuis 2005 par nos journalistes, nous mettons ces ressources à votre disposition. Entrepreneurs, scientifiques, sociologues, politiques, etc… Découvrez les hommes et les femmes qui font la Bretagne.

François Delarozière : Dans le monde de Jules Verne

01/07/2012
François Delarozière est le co-créateur du Carrousel des mondes marins, un manège qui sera inauguré le 14 juillet prochain et qui prendra place au côté de l’éléphant géant sur l’île de Nantes. Ce Marseillais d’origine a pu y déployer son imagination.

C’est à première vue un chantier comme un autre. Où des types en costume-cravate discutent dans une baraque en bois. Où les ouvriers râlent quand le visiteur ne porte pas de casque. Où résonne le bruit des perceuses. Il se situe d’ailleurs à l’ombre d’une grande grue jaune, que les Nantais appellent Titan, près de hangars industriels et d’anciennes cales, sur le site des ex-chantiers navals de l’île de Nantes. Ce qui se construit là, ce ne sont pourtant pas des machines industrielles. Plutôt des “machines à rêver”. Sur le site des Machines de l’île, là où un éléphant géant se promène, les constructeurs s’activent pour terminer Le Carrousel des mondes marins, un manège géant, qui sera inauguré le 14 juillet prochain.

Poisson-pirate, bateau-tempête...
Le parallèle avec les anciens chantiers navals ne déplaît pas à François Delarozière, directeur artistique de la compagnie La Machine, qui crée ces étranges bestioles. “L’île de Nantes n’est plus un site industriel. Elle a pour vocation de devenir un lieu de vie, de commerce… Mais avec la présence de notre atelier et de la compagnie La Machine, on maintient une activité de fabrication, de production. D’ailleurs, on crée aussi des machines, et avec les mêmes outils que ceux dont se servaient les anciens d’Alstom qui fabriquaient les bateaux !”
La compagnie La Machine est toulousaine de naissance. Spécialisée dans la création de machines de spectacle, elle s’est installée en partie à Nantes en 2005. Le site des anciens chantiers navals, sur l’île de Nantes, était en friche. Le maire, Jean-Marc Ayrault, entendait le réhabiliter. La compagnie La Machine fait une proposition, elle est acceptée. En 2007, la première phase du projet est inaugurée : un éléphant géant qui promène sur son dos les visiteurs, une galerie où sont exposées des machines curieuses représentant des animaux imaginaires, des ateliers où le public peut apercevoir les constructeurs travailler, une immense branche d’arbre où l’on peut se promener… Ce sont les Machines de l’île.
Le 14 juillet prochain, c’est la deuxième phase du projet qui sera lancée. Le Carrousel des mondes marins sera mis en service. Un manège de vingt-cinq mètres de haut aux allures d’aquarium mécanique, où barbotent sur trois niveaux un crabe géant, un calamar à rétropropulsion, un poisson-pirate, un bateau-tempête… Des nageoires actionnables, une mâchoire que l’on peut relever, des ailes qui tournent, des yeux que l’on peut ouvrir ou fermer : les machines sont presque vivantes.
Mais d’où proviennent ces créatures étranges ? De l’imagination de François Delarozière et de son complice, Pierre Oréfice.
François Delarozière est le dessinateur. D’abord, il observe, à la loupe : “Je regarde le végétal, l’animal.” L’architecture également : “La ville, les ponts, les structures, ce qu’offre la science, les grandes explorations, comme celle des grandes profondeurs…” Des lectures ? Oui, mais des ouvrages scientifiques : “Des descriptions d’animaux, d’écosystèmes… Je me nourris de ce qui est réel pour faire un voyage imaginaire.” Ensuite, “on se fait quelques réunions, des sortes de brainstorming où on pose sur le papier ce qu’on imaginerait faire. On se contredit, on s’engueule, on rit ensemble. À partir de là, Pierre Oréfice travaille sur l’écrit, la description, et moi je travaille sur le dessin. C’est ma façon de raconter des histoires. Un écrivain travaillera en assemblant des mots, un musicien des notes, moi je le fais avec des traits, des courbes, des déliés.” L’équipe de constructeurs (entre vingt et cent cinquante personnes, selon les périodes), se saisit alors du dessin et en fait une machine…
Alors, évidemment, se nourrir de la science pour créer de l’imaginaire, cela fait penser à d’illustres références. D’abord Léonard de Vinci, à la fois inventeur génial et artiste accompli. “Oui”, acquiesce François Delarozière, en balayant d’une boutade ce que la référence peut avoir de prétentieux : “Même s’il était un peu moins doué que moi !” Et bien sûr, puisqu’on est à Nantes, puisque le musée qui lui est dédié est situé juste en face, sur l’autre rive de la Loire, on pense immédiatement à Jules Verne. “On me le renvoie tout le temps. Pour moi, il fait partie de l’imaginaire collectif. J’ai été profondément influencé par Jules Verne mais comme tout un chacun. On a vu tellement d’images, d’interprétations de ses écrits par des gravures incroyables. Il est là Jules Verne, même si ce n’est pas une référence directe.”

Le “patrimoine imaginaire” de nantes
Né à Marseille en 1963, ville où il a fait ses études à l’école d’art et d’architecture, François Delarozière avait découvert Nantes dans les années 1990, avec la compagnie Royal de Luxe, dont il a créé les célèbres géants et autres girafes durant de nombreuses années. “Ça avait été un hiver de crachin. Je m’étais juré de ne jamais m’y installer !” Depuis, il a appris à aimer la ville. Le temps, “qui change plusieurs fois dans la journée”, l’eau, la Loire et l’Erdre, qui sont omniprésentes. Et puis l’histoire : l’ancienne, la “grande”, celle qui remonte au commerce vers l’Afrique, vers le passé maritime et industriel de Nantes. Mais aussi celle que la ville est en train de se créer, son “patrimoine imaginaire” : “Jules Verne, Julien Gracq, et tous ces grands festivals initiés par Jean Blaise, les Allumés, Royal de Luxe… On se rend compte que c’est très vendeur pour une ville. Ça fait rêver et on a envie de venir participer au rêve. C’est là qu’économiquement notre projet prend tout son sens. S’y greffe l’intérêt de venir vivre, travailler, d’ouvrir des hôtels à Nantes… Une vraie économie est ainsi générée.”

Par Maiwenn Raynaudon-Kerzerho

Photo Emmanuel Pain

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