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Alain Finkielkraut: “Faire exploser une nation est une terrible responsabilité”

Quel regard porte le philosophe sur les mouvements de fond qui secouent les États-nations aujourd’hui ? Soutien de la volonté d’indépendance de la Croatie et de la Slovénie, Alain Finkielkraut conteste en revanche celle de la Catalogne. Dans cet entretien, il explique ses prises de position et marque aussi sa défiance quant à l’apprentissage des langues régionales, dont le breton...

Didier Le Corre – Bretons

Bretons : Vous êtes né de parents juifs polonais qui ont survécu à la déportation. Est-ce que vous entretenez encore des liens avec la Pologne ? Quel est votre regard sur ce pays ?

Alain Finkielkraut : C’est une question à laquelle je ne m’attendais pas ! Si j’entretiens des liens ténus avec la Pologne, c’est en dépit de mes parents. Les Juifs polonais, à quelques très rares exceptions près, ont gardé de la Pologne un souvenir terrible. La Pologne n’est pas pour eux une patrie, c’est un traumatisme. Mon père a quitté la Pologne avec ses propres parents et son frère au début des années 1930. Ils habitaient Varsovie mais il n’y avait plus de place pour eux. L’antisémitisme sévissait dans la société et il était relayé par certaines lois. N’ayant plus d’avenir, la famille de mon père a émigré vers la France. Mon père en a beaucoup souffert. Dans le monde juif de Varsovie, il avait ses amis, ses habitudes, et la transplantation a été tellement douloureuse qu’il a voulu revenir en Pologne. Et il a senti qu’il ne pouvait rien y faire. Il a donc vécu en France, mais il était apatride. Il a été soumis à ce qu’on appelle le “billet vert” – avant la rafle du Vél d’Hiv – pour les Juifs apatrides, interné à Beaune-la-Rolande, puis ensuite par le convoi du 24 juin 1942, je crois, déporté à Auschwitz. Il a survécu. Il est revenu en Pologne en 1946-47 pour voir si des membres de sa famille avaient survécu. Il n’y en avait pas. Il a compris qu’il n’avait plus rien à faire dans ce pays où avaient éclaté des pogroms à partir de 1946, notamment à Kielce.
Quant à ma mère, la guerre l’a surprise à Lvov, où elle habitait. Elle a d’abord subi l’occupation soviétique, puis l’occupation allemande. Elle a fui Lvov pour Varsovie où elle vivait cachée et où elle entendait les Polonais dire : S’il y a une chose dont on peut remercier les Allemands, c’est au moins de nous avoir débarrassés des Juifs. Elle s’est ensuite, avec de faux papiers, réfugiée dans la gueule du loup, puisqu’elle a travaillé en Allemagne. Quand elle a risqué d’être découverte, elle a traversé la frontière sans papiers, de façon, si j’ose dire, romanesque. Et elle a vécu la dernière année de la guerre à Anvers, en Belgique. Ils se sont rencontrés à Paris.

 

(…) Retrouvez la suite de cet entretien dans le magazine Bretons n°139 de février 2018.

 

 

 

 

 

 

 

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