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Jean Bothorel : « Nos hommes politiques manquent d’épaisseur »

Après avoir été journaliste à L’Expansion, à La Vie et au Matin de Paris, il fut pendant une quinzaine d’années éditorialiste au Figaro. Il est aussi l’auteur d’une vingtaine de livres. Né à Plouvien, Jean Bothorel est toujours resté proche de sa Bretagne. Nous avons fait l’amour, vous allez faire la guerre, une chronique de trente ans de la vie politique, littéraire et médiatique française, de 1981 à 2002, sort ce mois-ci chez Albin-Michel. Entretien...

Vous déclarez que le vocabulaire a tendance à se simplifier. Vous prenez l’exemple des présidents de la République, et vous faites remarquer que des 4 000 mots utilisés par de Gaulle, Pompidou ou Mitterrand, on est passé à 700 pour Sarkozy et Hollande…
Oui, même 450. Ce n’est pas moi qui ai fait le décompte. Cela a été calculé, notamment par différents instituts dont la Cofremca.

Mais cela ne concerne que l’oral, pas l’écrit ?
Si. Aujourd’hui, un livre politique, un essai politique intègre 750 mots, alors que si vous prenez les Mémoires de De Gaulle, celles de Churchill ou de Mitterrand, vous êtes à 3 000 ou 4 000 mots.


C’est pour cette raison que vous avez, tout
au long de votre livre, un regard désabusé sur les politiques…
Ce n’est pas uniquement pour ça. Mais je pense qu’il n’y a pas de démocratie sans une maîtrise du langage, de la grammaire et de la dialectique. La mort de la démocratie vient de là. Les gens ont de plus en plus de mal à comprendre ce que l’on raconte autour d’eux.

Le titre de votre livre est assez étonnant : Nous avons fait l’amour, vous allez faire la guerre. C’est un très beau titre mais n’est-il pas un peu décalé par rapport à son contenu ?
Non, c’est ma génération. Aujourd’hui, c’est la guerre qui s’annonce. Je crains que l’on entre dans une époque d’incertitudes. Le parallélisme avec le passé est toujours un peu faux mais il y a des époques angoissantes. Et nous entrons dans une époque angoissante. Les évènements créent les hommes et les femmes. Peut-être que quelqu’un va surgir ? Mais pour revenir à une actualité immédiate, la qualité de nos candidats est assez sidérante.

Vous relatez vos rencontres entre 1981 et 2012. Vous trouvez que le niveau des hommes politiques était plus consistant qu’aujourd’hui ?
Oui, car ils avaient intégré dans leur histoire une époque tragique. Je ne parle même pas de De Gaulle qui était dans la tragédie.

Oui, mais aujourd’hui nos hommes politiques sont dans une société qui a totalement changé. Ils sont notamment face à la société du tout-image, de la séduction, de la mise en scène. C’est quelque chose qui n’existait pas…
D’accord, mais ils n’ont pas d’épaisseur historique, même si on ne peut pas le leur reprocher.

Vous n’aimez pas beaucoup non plus les conseillers de l’ombre comme Jacques Attali ou Alain Minc…
Je ne critique pas Jacques Attali car il a un grain de génie. Mais contrairement à ce qu’on raconte, il n’a aucune vision, il s’est planté assez souvent. Quant à Minc, c’est un intrigant qui n’existe plus. Quand j’ai appris qu’il était soutien de Macron, je me suis dit que Macron allait être battu…

 

Retrouvez la suite de cet entretien dans le magazine Bretons de mars 2017.

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