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Jean Rochefort, un grand homme bienveillant et facétieux

Cet immense acteur nous a quittés le 9 octobre dernier, à l’âge de 87 ans. Originaire de Dinan, fidèle à la Bretagne, nous l’avions rencontré au moment où il s’était pris d’intérêt pour ses origines. Ce qui reste l’un des plus beaux entretiens jamais parus dans notre magazine est né de façon abracadabrante. À l’image de l’homme...

Bretons : Vous êtes né à Dinan…

Jean Rochefort : Je ne suis pas né à Dinan. Je sais qu’on le signale souvent. J’étais à terme – vous voyez, on commence par le début – mais je ne venais pas. Et la belle-mère de ma maman lui a fait faire les églises de Paris à pied pour qu’elle accouche grâce à l’intervention du Seigneur. Et au bout de vingt kilomètres, en général, le Seigneur intervenait. Il est intervenu. Je suis donc né à Paris de parents bretons habitant Dinan.

Vous avez grandi à Dinan…

Oui, mais ai-je vécu deux ou trois ans à Dinan ? Je ne m’en souviens plus. Mes parents, hélas, sont morts. J’ai bêtement renié mes racines pendant très longtemps. C’est maintenant, dans ma grande majorité, que je reviens au goût des racines. On m’avait prévenu de cette maladie-là. Moi, le régionalisme, les galettes, ah ! ah ! On s’en fout ! Et ce n’est pas vrai. Et maintenant, j’essaie de me souvenir de choses. Et comme vous avez la gentillesse de m’interroger sur mes origines, cela m’a permis enfin de comprendre que je n’étais pas né de consanguinité. J’ai enfin compris que mon père et ma mère étaient comme cousins mais pas vraiment. C’est-à-dire que – je vais bien me concentrer – ma mère a été élevée par une sœur de ma grand-mère paternelle. Et dans la famille, en Bretagne, on trouvait cela un peu étrange et on abordait difficilement ce sujet. Un cousin de Bretagne m’a expliqué très exactement de quoi il s’agissait. En tout cas, j’ai passé mon enfance avec une dame très austère, tout en noir, qui craignait le diable. C’était la tante de mon père et la belle-mère de ma mère.

Alors, comment situez-vous votre lien avec la Bretagne ?

Le régionalisme m’agaçait un peu. Quand on voyage, les Gascons, les ceci, cela, c’est ce que j’appelle l’hospitalité agressive. J’étais agacé par cette gloriole du terroir. Moi, j’ai voulu un peu oublier tout ça. À partir de l’état de septuagénaire, des souvenirs d’enfance sont revenus, très précis, des expressions de mon père, et l’enracinement a recommencé. Maintenant, la Bretagne existe, elle pense. Je pense Bretagne. Ça revient. Et je me souviens que mon père était au collège des Cordeliers à Dinan. Nous retournions dans le coin en vacances voir ses copains qui étaient restés des fermiers. J’ai le souvenir de ces tables rugueuses, de cette odeur de cidre et d’humidité. Un jour, on arrive chez un copain de mon père, j’ai 9 ou 10 ans. Il lui dit : Ton hiver s’est bien passé, bon Dieu, comment ça t’y été ? L’autre répond : Ils ont tué mon veau et ont gonflé ma fille ! (Il rigole.) Le veau d’abord ! On ne peut pas se passer de cet univers-là. Vous comprenez ? J’ai envie de me re-nourrir de ça, que j’ai occulté pendant plusieurs décennies. Je m’en foutais d’être Breton. Je me pensais universel, modestement.

On vous posait la question, non ?

J’en parlais relativement peu. C’est plus maintenant que je le vis, et je me surprends à le dire avec un certain orgueil. Et un peu égoïstement, j’ai l’impression aussi que je me comprends mieux. Je commence à penser que le lieu et l’enfance sont responsables d’un comportement d’adulte. Je l’ai toujours nié, je pensais être unique. J’ai été élevé avec beaucoup de rigueur et une pudeur extrême. On ne parlait jamais de certaines choses. Ça m’est resté, ça.

 

 

Retrouvez l’intégralité de cet article dans le magazine Bretons n°136 de novembre 2017

 

 

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