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Qui Fait la Bretagne ?

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Yann Kersalé, artiste de la lumière

01/11/2011
Sept fois plus à l’Ouest, exposition qui débute le 3 novembre à la Fondation EDF à Paris, met en lumière un travail pour lequel Yann Kersalé a dû se replonger sur ses terres bretonnes.

Vincennes est une ville calme et bourgeoise de la proche banlieue de Paris. Yann Kersalé y a son atelier depuis vingt-huit ans. L’ambiance est à la fois studieuse et décontractée. Dans un vaste open space en rez-de-chaussée d’une ancienne maison de centre-ville, une petite dizaine de collaborateurs, graphistes et techniciens, travaillent à la mise en œuvre des projets de “Yann”. Par ici, l’atelier conception, par là l’atelier technique et la “partie” administrative.
Le maître des lieux, lui, reçoit dans son bureau. Vaste, également. Yann Kersalé est ce qu’on appelle un artiste de la lumière. Depuis une trentaine d’années, il utilise la lumière comme d’autres utilisent la peinture, illuminant des paysages de toutes sortes, collaborant avec de grands noms de l’architecture moderne (Jean Nouvel) ou avec des paysagistes de renom (Gilles Clément). Il a illuminé le Sony Center à Berlin, le Quai Branly à Paris, la verrière de l’opéra de Lyon, la Tour Agbor de Barcelone. Ses installations lumineuses l’ont amené partout sur le globe : de Saint-Nazaire à Porto-Rico, de Cap Canaveral à la Pointe de la Torche, en passant par Séoul, Bangkok et Singapour.

“Sept expéditions nocturnes”
La nuit est son terrain d’expérimentation. Et la Bretagne est devenue, le temps d’un été, son nouveau terrain de jeu. De juillet à septembre dernier, Yann Kersalé a en effet fait un retour remarqué dans la région. En l’espace de trois mois, il a mené sept “expéditions nocturnes”. Concrètement, il a sélectionné sept lieux qu’il a, à chaque fois, mis en lumière l’espace d’une nuit. Les lieux en questions ? Océanopolis à Brest, le phare de l’île Vierge à Plouguerneau, le sillon noir de Pleubian, le chaos du diable au Huelgoat, les alignements de mégalithes à Carnac, le radôme de la Cité des Télécoms à Pleumeur-Bodou et la Zac de La Courrouze à Rennes. Ces sites, il ne les a pas choisis par hasard : “Je suis Breton, j’ai 55 ans, et je crois quand même connaître mon coin à moi. Ce sont des lieux qui sont toujours restés dans ma mémoire. Mais ces lieux correspondent aussi à des formes que je recherchais. Pour moi, l’exercice était aussi de trouver sept formes très différentes les unes des autres, sept paysages très différents sur lesquels il était possible de pratiquer des expérimentations de lumières”.

Issu d’une famille de pêcheurs
Ces images nocturnes – qui ont aussi fait l’objet de captation vidéos – seront également mises en scène dans une exposition baptisée “Sept fois plus à l’Ouest” qui débute le 3 novembre à la Fondation EDF à Paris pour s’achever le 4 mars 2012. Yann Kersalé aimerait ensuite “exporter” cette exposition en Bretagne, à Carhaix, durant l’été 2012.
“La première installation a été réalisée dans l’eau, à Océanopolis”, explique-t-il. “Ensuite, il y a eu le phare de l’île Vierge, le sillon noir de Pleubian, etc. Jusqu’à la Zac de La Courrouze. Au fil des expéditions, l’idée est aussi de partir de la mer, de l’extrême Ouest de la région, pour aller jusqu’à la terre, jusqu’à l’Est, jusqu’à l’urbain”.
La Torche en 1987, Saint-Nazaire en 1991 et donc cet été ces sept “illuminations” éphémères : c’est souvent l’art qui ramène ce sud-Finistérien dans sa Bretagne natale, région qu’il a quittée après des études aux Beaux-arts de Quimper, financées par quelques petits boulots (goémonier, docker). Issu d’une famille de pêcheurs de Douarnenez – son père, ingénieur, est une exception –, Yann Kersalé peut d’ailleurs vous avancer sans problème quelques mots en breton. Il se passionne également pour les légendes celtes, pour l’histoire de la langue bretonne et se délecte en racontant les ancestrales querelles picrocholines entre les différents quartiers de “sa” ville de Douarnenez. “Je ne suis pas mystique pour deux sous mais ces histoires m’intéressent”, résume-t-il. “Je ne suis pas Breizh atao mais je reste pour autant très attaché à mes origines”.
Travailler en Bretagne, ça faisait “longtemps” qu’il en avait envie. “Ce projet me tenait vraiment à cœur”, dit-il. Et il ne compte pas en rester là. Yann Kersalé aimerait aujourd’hui créer à Douarnenez une antenne de son atelier vincennois, un atelier qui serait dédié à la “recherche d’objets nomades de lumières”. Parce que, dit-il, “on peut aussi montrer qu’en Bretagne, il y a de nouvelles technologies, des inventeurs, des créateurs de talents”. Et “parce que”, conclut-il, “ça suffit avec ce clich’ton de la Bretagne des coiffes, des crêpes, des binious et des ivrognes.”

Par Alexandre Le Drollec

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