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Qui Fait la Bretagne ?

Le premier "Who's who bretons" voit enfin le jour. Basé sur des centaines de portraits rédigés depuis 2005 par nos journalistes, nous mettons ces ressources à votre disposition. Entrepreneurs, scientifiques, sociologues, politiques, etc… Découvrez les hommes et les femmes qui font la Bretagne.

Maïwenn : L'enfance, toujours

01/11/2011
Pour le cinéma, c’est Maïwenn. Elle a laissé tomber son patronyme, Le Besco, pour devenir réalisatrice. Son troisième film, Polisse, présente le quotidien de la brigade de protection des mineurs, un sujet douloureux qui rejoint son passé d’enfant “élevée à la dure”.

Un grand hôtel parisien de l’avenue Malesherbes. Une suite “présidentielle”s au 7e étage, avec vue imprenable sur le tout-Paris. C’est ici que se fait la promo du film Polisse, en salle depuis le 19 octobre. On y croise Karin Viard et Marina Foïs, tout sourire, un journaliste de L’Express bien connu du monde du cinéma, deux attachés de presse ultra-concentrés. Et Maïwenn.
Elle est ravie, Maïwenn, de rencontrer Bretons. Peut-être se souvient-elle avoir fait la Une du 17e numéro. Elle avait 30 ans, elle en a aujourd’hui 35. Elle venait de signer son premier long-métrage (Pardonnez-moi), elle défend là son troisième film.
Prix du Jury à Cannes, Polisse est d’abord une histoire de flics. Pendant un peu plus de deux heures, on suit le quotidien de policiers de la Brigade de protection des mineurs (BPM), des hommes et des femmes quotidiennement confrontés à des cas de pédophilie, de violence sur enfants, de racket. Ces flics qui, outre Karin Viard et Marina Foïs sont aussi joués par Jérémie Elkaïm, Nicolas Duvauchelle et Joeystarr, Maïwenn les suit partout. Au commissariat, sur le terrain, à la machine à café, au bistrot. On a mille questions à lui poser mais on est prévenu : l’interview durera quinze minutes chrono. Pas une de plus. Pas de temps à perdre donc.
On commence par évoquer avec elle une séquence du film, une scène de repas familial. Le personnage de Maïwenn (la réalisatrice s’est donné le rôle d’une photographe en immersion au sein de la BPM) vient présenter à sa famille son nouveau petit ami (Joeystarr). Le climat est apaisé. À table, toutes les générations sont réunies. Jouant presque leur propre rôle, on découvre le vrai grand-père de Maïwenn, ainsi que son vrai père. C’est elle qui a souhaité leur présence. Elle aime leur authenticité. “On a l’impression qu’il n’y a rien qui puisse les déstabiliser. Ils restent toujours eux-mêmes, contre vents et marées. Et le cinéma est très friand de ça, la caméra adore les gens vrais qui ne bougent pas d’une oreille, qu’il y ait ou non cinquante personnes et des caméras autour d’eux. Et puis, j’aime que les gens que j’aime soient
dans mes films”.

Des films en zone trouble
Dans Pardonnez-moi, Maïwenn évoquait les rapports orageux et complexes qu’elle a entretenus avec son père, Patrick Le Besco, qui lui a appris le breton. Une langue dont il s’est d’ailleurs fait une spécialité, étant l’auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet, notamment le breton de l’Île-aux-Moines, celui de Belle-Île ou encore sur le gaélique. Maïwenn a beau répéter, insister, dire que son film est une “fiction” et rien qu’une fiction, difficile de ne pas voir dans la sérénité de cette scène les marques d’une accalmie familiale.
Maïwenn n’aime pas les films “monolithiques”. Elle aime brouiller les pistes, situer ses réalisations dans des zones troubles, entre fictions, documentaires et autobiographies. Une constante tout de même : regarder un film de Maïwenn, c’est en apprendre à coup sûr sur sa réalisatrice. Dans Pardonnez-moi, elle levait le voile sur les rapports compliqués avec son père, dans Le Bal des Actrices, elle passait au crible l’ego des comédiennes. Et là ? Polisse aussi dit des “choses” sur Maïwenn. “Il dit que j’ai été très amoureuse de Joeystarr, ça s’est sûr. Il dit aussi que j’ai une obsession sur l’enfance et la maltraitance”.
Pardonnez-moi et Polisse sont tous deux traversés par ce thème de la violence infligée à l’enfance. Un hasard ? Non, bien sûr. Maïwenn ne s’en est jamais cachée : elle a été élevée à la dure. Maltraitée physiquement, “traitée de tous les noms”. Elle en a un peu marre d’en parler. “Je me suis déjà beaucoup exprimé sur mon enfance. C’est quelque chose qui me poursuivra toute ma vie”. Mais pour elle, il y a pire encore : la négation des faits. “Quand les gens qui vous détruisent ne vous demandent jamais pardon et pire, vous disent que vous mentez, que vous êtes mytho, c’est vertigineux. Je ne serai jamais apaisée à cause de ça”. Son père a reconnu cette souffrance et lui a demandé pardon. Aujourd’hui, ils se parlent. “Et gentiment en plus”. Avec sa mère, qui continue de “nier”, les rapports sont plus compliqués.
En public, elle est Maïwenn. Pas Le Besco. Elle “enrage” quand elle voit que les médias accolent toujours son nom de famille à son prénom. Sur ce point-là, elle ne transige pas. C’est comme ça. “Depuis toujours, mon nom d’artiste, c’est Maïwenn”. Maïwenn, c’est pour la vie publique. Maïwenn Le Besco, c’est pour ses “résas d’avion et sa boîte aux lettres”.

Tout est allé très vite
Dans cet abandon du nom, elle assure qu’il ne faut rien voir d’autre qu’une volonté de bien “séparer vie privée et vie publique”. “Le Besco, c’est à moi. Le rapport que j’ai avec mon nom de famille, c’est compliqué. Je ne l’ai pas aimé pendant longtemps, puis je l’ai aimé, puis je m’en suis séparée quand je me suis mariée. C’est un truc... (elle marque une pause, hésite). C’est à moi, quoi. C’est intime”.
Les quinze minutes sont écoulées. Ça commence à s’agiter derrière la porte de la chambre où se déroule l’interview. Maïwenn déroule, et continue de boire son thé.
Trimballée de casting en casting par sa mère, Maïwenn a eu une carrière précoce. À 5 ans, elle faisait une première apparition dans L’année prochaine... si tout va bien. À 7 ans, elle incarnait Isabelle Adjani enfant dans L’Été meurtrier, de Jean Becker. À 14 ans, elle était la fille de Johnny Hallyday dans La Gamine, d’Hervé Palud. Hors des plateaux de cinéma, tout va également très vite : elle épouse le cinéaste Luc Besson à 15 ans, et devient mère à 16.
Maïwenn a aujourd’hui 35 ans, deux enfants et trois films à son compteur. Dont un primé à Cannes. Tout va vite, très vite. Trop ? “De toute façon, avec moi, c’est toujours trop ! Par exemple, quand je me vois en interview à la télé, j’ai envie de me foutre des baffes. Je me trouve trop. Trop ceci, trop cela. Avec moi, on ne peut jamais dire pas assez. C’est toujours trop, ça déborde toujours de tout”. Maïwenn est rarement satisfaite de l’image qu’elle renvoie. Elle se voit “prétentieuse, mégalo, narcissique, bête, sans vocabulaire, vaniteuse. Pauvre fille, c’est souvent ce je me dis quand je me vois à la télé”.
Avec les années, elle pense avoir appris à maîtriser son image, maîtriser sa parole. Elle n’est plus ce personnage “gratuitement cash, gratuitement spontané et gratuitement idiot” qu’elle avait construit.

“C‘est le magazine Bretons quand même !”
Dire n’importe quoi sur n’importe qui, c’est fini. Elle se montre désormais comme elle est dans la vie. Ou presque. “À la télé ou en interview, on ne peut pas se permettre d’être complètement tel qu’on est dans la vie. Par exemple, je n’aime pas tout. Je n’aime pas tous les films que je vois, tous les réalisateurs, toute la musique, tous les livres. Dans la vraie vie, je n’ai pas de problème à dire : ce film, c’est de la diarrhée, c’est naze, c’est de la merde en barre. Ce vocabulaire-là, je n’ai pas envie de le dire à la télé. Mais il faut que je fasse attention car je ne suis ni impressionnée par la télé ni par les gens connus. Il y a plein de choses qui m’impressionnent, mais pas ça. Le piège, c’est d’être soi-même sur un plateau. Et parfois, ça fait mal aux gens. Ça sert à quoi de faire du mal à quelqu’un qui a trimé pour faire un film, qui s’est décarcassé pour l’écrire ?”.  
Un attaché de presse siffle la fin de l’interview. Réaction de Maïwenn : “Ah non, c’est le magazine Bretons quand même ! Et je suis bretonne moi !”. Elle sourit. On reprend sur le cinéma. Elle explique que Polisse pourrait être son dernier film en tant qu’actrice/réalisatrice. Cumuler, c’est fatiguant. Elle a fini le tournage sur les rotules et n’a pas envie de recommencer sur ce rythme-là.
La Bretagne, enfin. Gamine, Maïwenn passait tous ses étés à Belle-Île. La Bretagne n’est pas forcément associée à des souvenirs heureux, mais qu’importe. Elle aime cette région “sauvage” et regrette de manquer de temps pour y aller. Maïwenn parle breton, son père lui a appris. “ça m’a servi à communiquer avec mon père, mes frères et sœurs, sans que les autres comprennent”. Voilà, ça fait trente minutes. Fin de l’interview. Maïwenn rappelle qu’il ne faudra pas oublier de lui envoyer un exemplaire. On n’oubliera pas.

Par Alexandre Le Drollec

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