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Qui Fait la Bretagne ?

Le premier "Who's who bretons" voit enfin le jour. Basé sur des centaines de portraits rédigés depuis 2005 par nos journalistes, nous mettons ces ressources à votre disposition. Entrepreneurs, scientifiques, sociologues, politiques, etc… Découvrez les hommes et les femmes qui font la Bretagne.

Gwennyn, une autre bretonne

01/04/2012
Le troisième album de cette jeune chanteuse bretonnante, Kan an Tevenn, vient de remporter le Grand prix du disque du Télégramme. Gwennyn succède ainsi à Nolwenn Leroy, récompensée en 2011 pour Bretonne. Rencontre.

C’est une jolie brune, coquette, serrée dans un manteau rouge. Elle a donné rendez-vous dans un café de Quimper, tout près de la place Saint-Corentin, dans la ville où elle a choisi de vivre. “J’adore cette ville. Elle est celtique, basse-bretonne, je m’y sens bien.” C’est ici que Gwennyn a conçu son troisième album, Kan an Tevenn (le chant de la dune). En février dernier, ce disque de chansons pop, agrémentées de mélodies irlandaises, chanté en breton, en français et en anglais, a été couronné du Grand prix du disque du Télégramme. Gwennyn a été la favorite des 5 300 internautes qui ont fait part de leur vote. Elle succède ainsi à une autre jeune femme, brune comme elle, qui chante également en breton… Nolwenn Leroy. Un joli coup pour celle qui espère ainsi réussir à “faire connaître son nom”.
Faut-il voir dans ce choix en faveur d’une femme chantant en breton un “effet Nolwenn Leroy” ? Oui, répond sans hésiter Gwennyn, soulignant la “chance” qu’a eue la Bretagne de voir débouler ce phénomène musical. “Elle a fait parler de la Bretagne de manière positive. Elle a fait le boulot d’À l’Aise Breizh. C’est la petite Bigoudène souriante, décomplexée !” Mais Gwennyn insiste sur sa démarche “différente”. Ici, pas de reprises, seulement des compositions, écrites le plus souvent en breton.

Emanciper la Bretagne
Gwennyn Louarn a en effet été élevée dans cette langue, au sein d’une famille de militants – une tante et sa mère étant notamment élues au conseil régional – représentant toutes les tendances de l’échiquier politique. “Tout le monde est politisé à mort, ce sont des gens engagés. Les dimanches en famille, c’est rigolo. Mais on se retrouve sur la Bretagne.” Gwennyn, elle, ne prétend pas être militante. “Je ne suis pas là pour inscrire tout le monde en cours de breton ! Mais le simple fait que je chante dans cette langue, ça conscientise les gens.” La jeune femme est cependant capable de tenir un discours complet et solide sur la nécessaire “émancipation de la Bretagne”.
Née à Rennes, la vie de Gwennyn prend un tour particulier lorsqu’elle a 13 ans. Sa mère, jusqu’alors fonctionnaire, décide de reprendre la ferme de ses parents. Son père, dessinateur de bandes dessinées “citadin à mort”, la suit. À l’âge où d’autres font leur premières sorties dans les bars, Gwennyn se retrouve à aider à la ferme, rentrer les vaches, “à 250 km
de mes copines, avec le premier cinéma à quarante minutes en voiture…”. “J’ai vraiment l’impression d’avoir été à côté de ma génération à ce moment-là”, dit-elle. Entre un père qui écoute exclusivement du classique et une mère qui ne se préoccupe pas vraiment de musique, elle chante. Et elle assure que cette période l’a nourrie, la rendant intarissable en matière de compositions, de paroles comme de mélodies. “C’est comme si j’avais bu une potion magique.”

“Des chansons contemporaines”
Elle commence par se frotter au chant traditionnel, sans conviction. “Je n’ai jamais été passionnée du kan-ha-diskan ou des gwerz”, explique-t-elle malicieusement. “Parce que le problème, c’est que je m’endormais avant la fin. Mettre de l’intention dans une gwerz, les trois premières strophes, ça va, mais quand tu es arrivée à la septième, tu commences à sentir un peu la fatigue !”
Elle, elle veut faire “des chansons contemporaines, qui parlent de choses contemporaines, pas forcément de la Bretagne éternelle, mais de choses qu’une femme de mon âge vit”. Étudiante à Rennes puis cumulant les petits boulots (animatrice, prof de breton…) elle se lance finalement après avoir rencontré Stivell. Le refondateur de la musique bretonne la remarque pour sa voix. Et il l’invite sur son album Back to Breizh. “Il m’a donné confiance en moi. Plein de choses se sont déclenchées. Quand tu n’as pas confiance, tu hésites en permanence. Quand tu n’hésites plus, les gens te suivent !”

Un coup d'accélérateur
Suivront trois disques : En Tu all (de l’autre côté) en 2007, Mamenn (source) en 2009, et Kan an Tevenn paru en novembre dernier, qui s’est écoulé à cinq mille exemplaires jusqu’à présent. Désormais professionnelle, maman de trois garçons, Gwennyn travaille avec Patrice Marzin – guitariste devenu son “binôme”, après avoir été celui de Thiéfaine pendant douze ans – avec qui elle compose et qui écrit les arrangements. Sur ce dernier disque, Gérard Manset, parolier pour Julien Clerc, Raphaël ou Axelle Red, lui a offert un texte. “Un grand honneur”, dit-elle.
Depuis le Grand prix du Télégramme, Gwennyn ressent un coup d’accélérateur. “On a toujours eu un peu de dates. Mais là, c’est génial, on fait salle comble tout le temps. Au moindre show-case, il y a du monde. Je ne sais pas combien de temps ça va durer, parce que dans ce métier, on ne peut être sûre de rien.” En attendant, la jolie brune savoure le moment et compte bien continuer à “donner à la Bretagne de belles chansons bretonnes”…

Par Maiwenn Raynaudon-Kerzerho

Photo Emmanuel Pain

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