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Qui Fait la Bretagne ?

Le premier "Who's who bretons" voit enfin le jour. Basé sur des centaines de portraits rédigés depuis 2005 par nos journalistes, nous mettons ces ressources à votre disposition. Entrepreneurs, scientifiques, sociologues, politiques, etc… Découvrez les hommes et les femmes qui font la Bretagne.

Hélène Jouan : Voix douce et journalisme ferme

01/05/2012
Chroniqueuse de l’émission politique la plus importante de France 2, Hélène Jouan est avant tout une femme de radio. Même si à France Inter comme dans sa vie, la politique peu à peu lui échappe.

“Mon grand-père était maire étiqueté socialiste, d’une commune qui s’appelle La Motte. Une commune qui se situe à huit kilomètres de Loudéac par la D768, en plein centre de la région.” De la Bretagne, l’actuelle directrice des magazines d’information de France Inter n’a longtemps rien gardé, à l’inverse d’une enfance passée à Toulouse dont on peut parfois presque imperceptiblement entendre l’écho. Puis, le temps passant, sont remontés les souvenirs de vacances, et la nécessité de savoir qui l’on est : “C’est en vieillissant que je me sens bretonne. Il doit y avoir une part de quête identitaire, puisqu’il s’agit du berceau familial. ”
Les Jouan sont une famille d’instituteurs sur quatre générations. Une famille de socialistes bon teint, comme on en trouve tant dans une Bretagne réfractaire aux extrêmes. D’ailleurs, dans une réaction autant convenue que sincère, la journaliste affirme : “Le fait qu’il y ait peu de FN ici, cela m’a toujours plu”. “Toujours”, car Hélène s’est intéressée à la politique assez tôt. Son premier souvenir remonte au 2 avril 1974 et à la mort de Georges Pompidou. Les choses se précisent ensuite : “En 1981, j’avais 13 ans et l’élection m’avait passionnée. J’expliquais à mes camarades de quatrième que tout le monde allait gagner le même salaire, ce qui avait traumatisé un fils de chef d’entreprise de mon collège”.

Le jeu d'alliance entre pouvoir politique et médias
La suite est classique, elle s’en excuse non pas presque, mais totalement. Parce que certains journalistes politiques éprouvent autant d’attraction que de répulsion à l’égard d’eux-mêmes, Hélène Jouan se souvient “qu’à l’école de journalisme, on venait des mêmes milieux, on avait fait les mêmes études, on se ressemblait tous et c’était horrible”. Elle confiera aussi à M, le magazine du Monde : “Quand je suis arrivée en politique, je trouvais ça délirant, c’était tout ce que je n’aimais pas, notamment les déjeuners médiatico-politiques”. Avant d’ajouter qu’elle aussi s’était pliée à ce rite.
On n’arrive pas à ce niveau de responsabilité sans accepter le jeu d’alliance entre pouvoir politique et médias. Hélène Jouan a même fini par succomber aux charmes risqués de l’exposition télévisuelle. En tirant toutefois cette saison une bonne pioche, puisque l’émission de France 2, Des Paroles et des actes, dans laquelle elle intervient à la fin avec Franz-Olivier Giesbert, le directeur du Point, a été saluée de toutes parts comme la référence de la saison. Néanmoins, la séquence où interviennent ces deux éditorialistes fut souvent remise en cause. David Pujadas ne cessant de répéter, pour prévenir toute attaque “qu’il ne s’agit que d’avis très subjectifs”.

Un face-à-face avec Sarkozy
Nicolas Sarkozy aura profité d’une invitation début mars à cette émission pour régler ses comptes avec Hélène Jouan. Faisant référence à une chronique radio datant du 23 mai 2005, Sarkozy la tance : “Vous vous souvenez certainement que vous avez été la première à parler des problèmes personnels (avec Cécilia,
ndlr) qui étaient les miens, et des difficultés…”. Puis ajoute : “Eh bien, je vais vous dire une chose, Madame Jouan : vous êtes très impressionnée par le succès, et vous vous faites une drôle d’idée de l’échec”. Elle, n’avait rien vu venir. “J’y suis allée ce jour-là super détendue. Mais sur le plateau, j’ai vu ses joues se creuser, ses veines qui bougeaient. Quand il s’est adressé à moi directement, je me suis dit qu’il était fou. Fou d’évoquer quelque chose d’aussi peu compréhensible par le grand public. Depuis 2010, je ne comprends pas Sarko. Il s’est incroyablement droitisé. Et sa campagne aura été dans cette ligne-là. En 2007, non seulement c’était une belle campagne, mais c’était une campagne finaude, de triangulation entre le FN et le centre”. Est-il de droite au fond ? “Je ne le crois pas, car je ne crois pas que ce soit un idéologue”.

Une mise à l’écart ?
France Inter a beau être marquée à gauche, pour Hélène Jouan, il ne s’agit pas de revendiquer ses idées politiques: “Être militant quand on fait du journalisme politique, ça n’aide pas à faire du bon boulot”. Sur l’affaire, le directeur adjoint du Nouvel Observateur, Renaud Dély, prend sa défense : “Elle aurait fait la même chose avec François Hollande. On reproche suffisamment aux radios d’être trop mièvres pour se réjouir que quelqu’un puisse mettre un peu de piment.”.
Il n’en est pas de même avec son directeur Philippe Val, puisque leurs mauvaises relations ont abouti à une forme de mise à l’écart d’Hélène Jouan. Auteur du livre La voix de son maître, France Inter et le pouvoir politique, Augustin Scalbert observe “que ce n’est pas comme si Hélène Jouan n’a plus rien à diriger mais elle a moins de responsabilités. Après les postes importants qu’elle a occupés dans les années 2000, on peut parler de placard doré”. L’intéressée semble ne pas chercher à s’inventer un rôle qu’elle n’a plus. L’histoire retiendra qu’elle fut l’une des rares femmes à avoir dirigé la rédaction, après Jacqueline Baudrier dans les années soixante. “La politique, je m’en suis un peu lassée”, souffle-t-elle. Un signe de bonne santé.

Par Tugdual Denis

Photo Emmanuel Pain

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