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Qui Fait la Bretagne ?

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Ivan Rioufol, l'âme réactionnaire

01/05/2012
Qualifié de “néo-réac”, l’éditorialiste vedette du Figaro, d’origine nantaise, se définit, lui, plus comme un “nouveau moderne”.

Au Figaro, il est l’héritier du fameux Bloc-notes de François Mauriac. Il est aussi très présent sur les plateaux télé (Direct 8, France 3) et les studios de radio (RTL, BFM TV). Son discours, tranchant, lui vaut beaucoup d’inimitiés. Ainsi, Les Inrocks disent de lui “qu’il déploie une pensée à côté de laquelle les œuvres complètes d’Eric Zemmour pourraient faire office de manifeste altermondialiste”. C’est un avis. Ce qui est certain, en revanche, c’est qu’Ivan Rioufol est un homme aimable, posé et courtois qui, et ce n’est pas si fréquent, a la délicatesse de venir vous chercher à la réception de son journal avant de vous faire monter dans son bureau. Pour l’image du “réac” de base, exalté, grande gueule et arrogant, on repassera. Ivan Rioufol n’est rien de tout cela.
Qu’une partie du monde politico-médiatique le range d’emblée dans la catégorie des distilleurs d’une petite “musique réactionnaire” avec plusieurs de ses camarades comme Elisabeth Lévy, Éric Brunet, Robert Ménard ou Éric Zemmour, ça le fait sourire. “On ne s’est jamais retrouvé autour d’une table tous les cinq pour comploter ou préparer un coup d’État. Ce qui nous rapproche, c’est d’abord de voir, amusés, qu’on a mis la panique dans ce petit monde médiatique. C’est ensuite le fait que, chacun à notre manière, nous décrivons la réalité. Point”.
Plutôt que “néo-réac”, il préfère le qualificatif de “nouveau moderne” : “Un citoyen qui n’adhère pas au conformisme, un homme qui n’a pas peur d’ouvrir les yeux et de réagir face à des réalités qui ne sont pas prises en compte”.

Il ne côtoie pas les politiques
À l’instar de Zemmour, Ivan Rioufol se fait le chantre de “la France silencieuse”. “Engagé”, le journaliste ne prétend toutefois pas à l’objectivité. Libéral et conservateur, catholique non-pratiquant et de droite (“parce qu’il faut bien me mettre quelque part”), allergique à un État interventionniste, qu’il estime inéluctablement générateur de désastres, Ivan Rioufol entend bien “envoyer balader le politiquement correct”. Son truc à lui, c’est de “tout dire sans taire les tabous” de notre société, au premier rang desquels il place “l’islamisme radical et l’immigration”. “Il n’y a pas de réels débats sur ces sujets-là. De toute façon, vous dites immigration, et vous êtes étiqueté d’office Front national”.
Ivan Rioufol n’est pas “lepéniste”. Il ne fréquente pas, non plus, les hommes politiques. Ne déjeune pas avec eux, ne va pas aux conférences de presse. Rien. Il ne les connaît pas, ne les côtoie pas. En revanche, il vote toujours. Ou presque, puisqu’en 2002, il a tout de même fait l’impasse sur le second tour de la présidentielle. “Je ne voulais pas voter Chirac et, très franchement, j’ai trouvé cette quinzaine antifasciste tout à fait ridicule et grotesque.” Déçu par les débats de l’actuelle campagne, il avoue s’être quand même résigné à voter pour Nicolas Sarkozy, comme il l'annonce sur son blog.

Entre Ardèche et Bretagne
Les racines d’Ivan Rioufol sont doubles. Elles sont à chercher du côté des monts du Vivarais et des monts d’Ardèche, terres de ses ancêtres protestants où coule un ruisseau qui porte son nom et où l’on peut tomber sur un lieu-dit : Rioufol.
Elles sont également catholiques et bretonnes, plus précisément de Combourg. Sur le tard, le journaliste s’est en effet découvert des aïeux corsaires de Saint-Malo. Il est aujourd’hui membre de l’association malouine des descendants de capitaines corsaires.
Ivan Rioufol, lui, a grandi à Nantes, dans une famille bourgeoise. Son père, avocat, était “un personnage marginal, excentrique et volontiers provocateur”. “Avec lui, j’ai appris qu’il fallait défendre l’indéfendable. J’ai toujours été élevé dans un modèle de pensée à contre-courant. Cette manière de se placer à la marge a fait partie de mon éducation.”

“L’âme celte”
Enfant, il fréquente les bancs des écoles catholiques. Adolescent, il vibre pour Léo Ferré et se délecte des théories anarchistes de Max Stirner et Proudhon. Modèle paternel oblige, il se destine ensuite au barreau, fait donc son droit, décroche un DEA de droit maritime, aérien et aérospatial mais bifurque finalement vers le journalisme. En 1976, il entre à Presse Océan. En bon localier, il traite de tous les sujets, “chiens écrasés compris”. Il restera à Presse Océan jusqu’en 1984. Cette année-là, décidé à s’ouvrir les portes des rédactions nationales, il débarque à la gare Montparnasse. Après quelques collaborations avec Le Figaro Magazine, il intègre le quotidien. D’abord dans la page Vie des médias, puis aux informations générales, rubrique dont il deviendra le rédacteur en chef.
Du Saint-Malo de ses aïeux au Nantes de son enfance, Ivan Rioufol se ressent “l’âme celte”. Dans les années 1970, sans doute pris par un élan romantico-anarchiste, il a travaillé son breton jusqu’à parvenir à baragouiner quelques mots. Aujourd’hui encore, il a des restes de cette “bretonnitude” : il cite volontiers Xavier Grall, s’écœure d’un article du Nouvel Observateur reprochant à Nolwenn Leroy “d’exploiter des racines régionales forcément suspectes” et fricote avec les réseaux des Bretons de Paris.
Ivan Rioufol a aussi une plume. Il est l’auteur d’une douzaine d’ouvrages. Le dernier en date, sorti en janvier aux PUF, s’appelle De l’urgence d’être réactionnaire. Naturellement.

Par Alexandre Le Drollec

Photo Emmanuel Pain

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