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Qui Fait la Bretagne ?

Le premier "Who's who bretons" voit enfin le jour. Basé sur des centaines de portraits rédigés depuis 2005 par nos journalistes, nous mettons ces ressources à votre disposition. Entrepreneurs, scientifiques, sociologues, politiques, etc… Découvrez les hommes et les femmes qui font la Bretagne.

Aude de Thuin, femme d'influence

01/06/2012
Après avoir créé le Women’s forum for the Economy and Society, Aude de Thuin revient avec un nouveau forum, Osons la France, et un livre témoignage Femmes, si vous osiez.

Sa mère l’appelait Calamity Jane. Elle se fait désormais surnommer Calamity Aude. Entrepreneuse compulsive, Aude de Thuin déborde d’idées et d’énergie. À 62 ans, elle a vécu plusieurs vies avec un dénominateur commun : aller au bout de ses envies et de ses intuitions. “Je crois que je suis une fille pas banale. J’ai une personnalité rare.” L’aveu peut paraître prétentieux, pourtant il faut bien reconnaître que son parcours est atypique. De standardiste, la petite Bretonne est devenue une femme d’influence qui fréquente aujourd’hui tous les grands de ce monde.
Aude de Thuin se fait connaître du grand public en 2005 quand elle lance, à Deauville, le Women’s forum for the Economy and Society. Un forum unique au monde, inspiré par le World Economic Forum de Davos. Dirigeante d’entreprise, Aude de Thuin aurait bien aimé y participer. Elle est réputée pour avoir du flair et souhaite apporter sa contribution au monde.
N’a-t-elle pas su innover en créant le premier Salon du marketing direct dans les années 1980 ? N’a-t-elle pas été une pionnière en montant le Salon de l’art du jardin en 1992, puis le Salon loisirs et création ? Elle veut prendre part aux débats. “Je m’étais inscrite pour participer. Ils ne m’ont même pas répondu. Je me suis alors rendu compte que les femmes représentaient seulement 5% des participants. Comment pouvaient-ils prétendre gouverner le monde en excluant la moitié de l’humanité ?”.

S’affranchir des modèles anciens
Avec en sous-titre “building the future with women’s vision” (construire le futur avec la vision des femmes), le Women’s forum est la réponse féministe à Davos. Lors de son lancement, ce nouveau rendez-vous sonne comme une évidence. Il était assurément attendu. Année après année, les femmes chefs d’entreprise, politiques de droite ou de gauche, les femmes qui comptent, les femmes connues, les Cherie Blair, Anne Lauvergeon ou Laurence Parisot, les inconnues, des femmes en lutte, des Afghanes ou des Iraniennes se retrouvent à Deauville autour d’une conviction : les femmes peuvent changer le monde. “Le Women’s forum a réellement contribué à une prise de conscience du rôle des femmes. Il a sorti de l’ombre les femmes dirigeantes, les a rendues visibles”, assure Aude de Thuin qui a été contrainte de le revendre à Publicis pour des raisons économiques.
Depuis son départ, la promotion des femmes est devenue son thème fétiche. Dans Femmes, si vous osiez, le monde s’en porterait mieux, elle analyse les obstacles qui les maintiennent dans l’ombre. En s’appuyant sur sa propre expérience, elle invite les femmes à s’affranchir des modèles anciens et à assumer leurs ambitions.

“Apprendre à être elle-même”
La mère d’Aude de Thuin avait comme ambition que sa fille devienne fonctionnaire. “Mais avec ma personnalité, c’est juste irréalisable. J’étais une enfant difficile, atypique… ingérable.” De son enfance à Brest, auprès de ses cinq sœurs, Aude de Thuin, née Le Roux, refuse de parler. “Ce fut une période douloureuse pour moi. Quand mon père est mort, je n’avais que 16 ans. J’avais des relations compliquées avec ma mère”. Il lui a fallu, dit-elle, quelques petites années sur le divan du psy pour “apprendre à être elle-même”. “À 17 ans, ma mère m’a envoyée à Paris chez une tante célibataire. Une bouffée d’oxygène.” Sans le sou, l’étudiante en psychologie vit de petits boulots. Standardiste dans un centre médico-psychologique, elle rencontre Françoise Dolto. Puis, elle devient mannequin pour Paco Rabanne. À 22 ans, elle rencontre son premier mari Raoul de Thuin, devient mère et divorce à 30. C’est en autodidacte qu’elle monte son premier salon en 1981.
La création d’évènements est l’histoire de la vie d’Aude de Thuin. “Peut-être parce que je suis une boulimique de journaux, j’ai la capacité de sentir ce qui est sur le point d’émerger”. Cette année, Aude de Thuin revient avec le Osons la France. La première édition s’est tenue le 26 mars à l’hôtel Salomon de Rothschild à Paris. Une autre est programmée à Lille le 27 septembre. Vingt-quatre heures de rencontres non-stop pour redonner le goût d’oser et réhabiliter le culot et le courage. “Lors de mes nombreux voyages, j’ai pu constater que les Français souffrent d’une image déplorable à l’étranger. On nous reproche d’être pessimistes, arrogants et râleurs. À travers cet évènement, nous souhaitons montrer qu’il se passe énormément de choses positives en France sur le plan social, artistique, économique, entrepreneurial, des nouvelles technologies”.

“Un mouvement en marche”
Elle a donc invité tous ceux qui ont osé agir et s’engager dans des aventures en tout genre : entrepreneurs, artistes, innovateurs, leaders du social ou de l’humanitaire. Parmi les têtes d’affiche, des entrepreneurs de l’internet comme Pierre Kosciusko-Morizet, ancien pdg de PriceMinister, Jacques-Antoine Granjon de Vente-privée.com, ou Charles Beigbeder, des femmes dirigeantes telles Mercedes Erra ou Clara Gaymard, sans oublier des grands noms des médias comme Christine Ockrent, Matthieu Pigasse ou Fabienne Servan-Schreiber. “Depuis ce forum, j’ai eu beaucoup de retours positifs. Des personnes enthousiastes m’encouragent à faire quelque chose de tous ces débats. Je ne sais pas encore quelle forme cela va prendre, mais Osons la France est plus qu’un forum, c’est un mouvement en marche.”

Par Anne-Claire Loaëc

Photo Emmanuel Pain

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