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Qui Fait la Bretagne ?

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Pierre-Louis Basse : D'est en ouest

01/06/2012
Journaliste et écrivain, cette ex-grande voix d’Europe 1, intime de Zidane et Cantona, s’est retirée des médias et vit désormais à l’Île-aux-Moines.

Pierre-Louis Basse a débarqué à l’Île-aux-Moines un jour de septembre, laissant derrière lui les lumières de Paris, son appartement de Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis, et des auditeurs un peu hagards. Deux mois auparavant, lors de l’été 2011, cette grande voix d’Europe 1, vingt-cinq ans de maison, principalement au service des sports, avait été priée par sa direction de quitter la station de la rue François 1er. Aujourd’hui, et plus que jamais, il le pense : c’était une “éviction politique” dictée “par l’Élysée”. Fils de cocos, libertaire et anar’ autoproclamé, Pierre-Louis Basse s’était opposé au changement de formule de son talk quotidien, Bienvenue chez Basse. Hors de question de se transformer “en caniche de l’audiovisuel”, estimait-il. Il est parti. Licencié.
Il aurait pu choisir de se la couler douce dans un appartement à Nice, Cannes ou Menton. Mais non. Pierre-Louis Basse a filé vers la Bretagne et opté pour une vie insulaire dans le Golfe du Morbihan, devenant ainsi l’un des 578 habitants à l’année de l’Île-aux-Moines. Il a posé ses bagages, ses livres et son ordinateur dans une maison de pêcheur.
Retiré de la sphère médiatique, il prend le temps de lire, de vivre et d’observer la vie de son île d’adoption, “un endroit qui évacue toute la laideur du monde”. Ne plus être constamment à 200 à l’heure, entre deux avions et deux directs, c’est appréciable. Surtout quand on a fait trois infarctus.

Elevé au son de l’internationale
Victor Hugo l’a prouvé avant lui : l’exil est un excellent moteur pour l’écriture. Dans le golfe, Pierre-Louis Basse a écrit Gagner à en mourir, sorti en avril chez Robert Laffont, récit très personnel d’un match qui a opposé le 9 août 1942 d’anciennes gloires du Dynamo de Kiev à une sélection de joueurs de l’Allemagne nazie. S’ils gagnent cet été-là, les Ukrainiens risquent leur peau. Ils le savent. S’ils lèvent le pied, ils peuvent s’en sortir. Ils choisissent le jeu, l’honneur et la mort en battant les Allemands, 5 buts à 3.
Cette histoire, fascinant acte de résistance, a longtemps poursuivi Pierre-Louis Basse. D’abord parce que la Résistance, il a ça dans le sang. Après tout, quoi de plus normal quand on a un grand-père qui a connu la déportation en 1940 et une mère, résistante dès l’âge de 15 ans, qu’on surnommait  la “bolchévique aux bottes en caoutchouc”. Si cette histoire l’a hanté, c’est aussi parce que, en bon fils de communistes élevé au son de L’Internationale, il a toujours été un aficionado de ces athlètes évoluant par-delà le Rideau de Fer. “Mes héros d’enfance s’appelaient Blokhine et Valery Brumel”, dit-il.
Aimanté par l’Est, Pierre-Louis Basse est un enfant de l’Ouest. Il est né en 1958 à Paimbœuf, au sud de l’estuaire de la Loire. Une mère assistante d’un chef d’établissement et un père prof de gym, tous deux originaires de la région de Châteaubriant, Pierre-Louis Basse est aussi un enfant de l’Éducation
Nationale. Neuf mois dans l’année, la famille vit en HLM à Nanterre. En hiver, elle passe un mois à la montagne. Les deux mois restants, elle rejoint Saint-Brevin-les-Pins, en Loire-Atlantique. Son père y tient l’un des clubs de plage de la station balnéaire.  
Gamin, il préfère les filles aux maths et le sport au français. Il manque de peu de sortir du système scolaire. À 11 ans, on lui promet l’usine et la petite délinquance. Mais il déjoue les pronostics, l’art venant au passage lui filer un coup de pouce salutaire. “Pour les besoins d’une rédaction, ma grande sœur m’a un jour emmené voir une exposition Van Gogh au musée de l’Orangerie. Là, j’ai eu un choc. C’était devant Les Roulottes. J’ai pris conscience qu’il y avait autre chose dans la vie que la violence. Qu’il y avait le beau. Brusquement, ça m’a remis dans les rails.” Dix ans plus tard, le voilà sur les bancs de khâgne.
Il bifurque ensuite vers le journalisme. Au début des années 1980, il fait ses gammes à Radio Top Essonne, une station de la région parisienne contrôlée à l’époque par le Parti communiste. Avant d’intégrer Radio France puis le service des sports d’Europe 1.

La ville lui manque
Depuis, Pierre-Louis Basse évolue dans un territoire flou, aux confins de la littérature, du sport et de l’histoire. Venez parler foot avec lui, vous repartez à coup sûr en l’ayant entendu prononcer les noms de Michel Serres, de Soljenitsyne, de Rabelais, de Malraux ou de Pascal. Proche de Zizou la superstar, il était aussi l’ami d’Allain Leprest, chanteur engagé, discret et méconnu du public, disparu en 2011. Biographe d’Éric Cantona, il est aussi celui du résistant Guy Môquet.
Le sport en lui-même ne le passionne pas. À moins qu’il ne dépasse le strict cadre d’un terrain ou d’une piste d’athlétisme. Le sport le fait vibrer quand il dit quelque chose de notre société. C’est pour cela qu’il a écrit Séville 82, France-Allemagne : le match du siècle, pour cela aussi qu’il a publié 19 secondes 83 centièmes, récit de la finale du 200 m des JO de Los Angeles en 1968, qui s’achèvera sur les poings levés de Tommie Smith et John Carlos.
Au calme sur son île, il croise parfois Jean-Louis Normandin, ex-otage au Liban devenu lui aussi insulaire. Il revoit aussi Jean-Pierre Farkas, homme de radio qui l’a fait débuter dans le métier. Parfois le monde, la ville, son brouhaha et ses odeurs, lui manque. “J’ai besoin des autres, j’ai besoin de la ville.”  Au fond, il sait qu’il ne restera pas toute sa vie ici.

Par Alexandre Le Drollec

Photo Emmanuel Pain

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