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Qui Fait la Bretagne ?

Le premier "Who's who bretons" voit enfin le jour. Basé sur des centaines de portraits rédigés depuis 2005 par nos journalistes, nous mettons ces ressources à votre disposition. Entrepreneurs, scientifiques, sociologues, politiques, etc… Découvrez les hommes et les femmes qui font la Bretagne.

Bruno Caron, un mécène très discret

01/06/2012
Du 15 septembre au 9 décembre, aura lieu la troisième édition des Ateliers de Rennes, une biennale d’art contemporain. Derrière cet évènement international se cache un homme discret qui a fait fortune dans les viennoiseries et les sandwiches.

Sans lui, la biennale d’art contemporain de Rennes n’existerait pas. Bruno Caron, patron fondateur du groupe Norac – l’anagramme de son nom –, est le principal mécène de cet évènement qui, en seulement deux éditions, s’est installé dans le paysage culturel rennais. Passionné d’art contemporain, il a créé l’association Art Norac qui apporte 1 M € au budget, complété par d’autres mécènes privés et des partenaires publics.
Inconnu du grand public, Bruno Caron est, avant tout, un
entrepreneur. Installé à Rennes, il est à la tête de l’un des plus gros groupes agro-alimentaires français. La Boulangère, les sandwiches Daunat, les crêpes Whaou ou le pain Clément sont autant de ses filiales.
Il nous reçoit au siège social de l’entreprise. Signalée par une simple plaque, la demeure, située en plein cœur de Rennes, est élégante mais sobre. Aucune ostentation. À l’image de cet homme réservé.

500 M € de chiffre d’affaires
Diplômé d’HEC en 1975 – “la même promotion que François Hollande”, avec qui il n’a pas gardé de lien –, ce Parisien choisit la Bretagne pour débuter sa carrière. Depuis l’enfance, il connaît bien la région. “Mon grand-père avait une maison à Lancieux depuis 1947. J’y passais toutes mes vacances.” Il est aussi séduit par la culture régionale. “Quand vous vivez en région parisienne, il n’y a pas de sentiment d’appartenance, contrairement à la Bretagne. Je trouvais intéressant de vivre dans un territoire qui a une identité culturelle, musicale, maritime et gastronomique…” Après deux ans au Crédit Agricole du Morbihan, il intègre, en 1980, la Biscuiterie Le Ster en tant que directeur commercial. Il reprend l’entreprise cinq ans plus tard. La Biscuiterie Le Ster est la première pierre de l’empire Norac fondé en 1989. Les affaires marchent, il se rapproche de la société de viennoiseries La Boulangère en 1992. L’année suivante, il rachète les crêpes Whaou. Puis, en 1994, la sandwicherie Daunat. Son plus gros coup. Les autres acquisitions suivent : le pain Clément en 2001, les tomates et légumes marinés Sud’n’Sol en 2002, les plats exotiques Took Took en 2003…
Aujourd’hui, le groupe Norac pèse 500 M € de chiffre d’affaires contre 129 M € en 1999. Déjà forte de treize filiales, vingt-et- un sites de production et 3 300 salariés, la société continue de se développer en France, mais aussi à l’international. Cette année, il prévoit l’ouverture d’une usine de légumes marinés à Agadir au Maroc, et le lancement d’une unité de production de salades et sandwiches à São Paulo, au Brésil.
Classé par le magazine Challenges parmi les 300 plus grosses fortunes de France, Bruno Caron a connu une réussite rapide. “Il y a toujours eu une certaine fluidité dans mon parcours”, reconnaît-il. “Je n’ai pas le sentiment d’avoir éprouvé de difficultés professionnelles.” Et comme pour justifier ce succès, il évoque “le goût du travail bien fait” et “un certain perfectionnisme”.
Son portrait aurait pu s’arrêter là, si ce n’est une passion dévorante pour l’art contemporain. “Une nécessité” dont il “ne pourrait se passer aujourd’hui”. Ça lui est tombé dessus dans les années 1990. “Tout d’abord pour l’émotion artistique, liée à l’esthétique. Mais aussi pour la dimension intellectuelle. Il y a un côté prophétique dans l’art contemporain. Dans un monde troublé, les artistes nous disent quelque chose de l’avenir.”
Dès 1992, il engage le groupe Norac dans une démarche de soutien à la création à travers une collection d’entreprise.
Puis en 2005, profitant de la loi du 1er août 2003 relative au mécénat, Bruno Caron crée l’association Art Norac dans le but d’organiser une biennale d’art contemporain à Rennes. La ville connaissait déjà des évènements d’envergure dans le domaine de la musique ou du cinéma avec les Transmusicales ou le festival Travelling, mais rien dans le domaine de l’art contemporain.
Bien sûr, les avantages fiscaux et l’impact sur la réputation du groupe ne sont pas à écarter des motivations de Bruno Caron. Mais le mécénat semble aussi être l’aboutissement d’une réflexion plus personnelle sur la responsabilité sociale de l’entreprise. “L’entreprise souffre actuellement d’une image dégradée. Elle est à la fois une chose positive comme la création d’emplois, de richesses, mais aussi négative avec les délocalisations, le chômage. Selon moi, elle ne participe pas suffisamment à la vie de son territoire. Son impact sur la société est souvent négligé. Le paiement des impôts est perçu comme une manière de déléguer ses responsabilités au pouvoir public. Or, une entreprise peut mener une action d’intérêt général.” Il aurait pu financer des actions humanitaires, un programme éducatif ou une association sportive, il a choisi un domaine qu’il connaissait bien.

“Une autre manière de voir le monde”
Baptisé Les Ateliers de Rennes, l’évènement emprunte son nom à un vocabulaire commun à l’entreprise et à l’artiste. Et c’est bien là l’influence de Bruno Caron, puisque la biennale entend interroger les relations entre art et entreprise, art et économie : “Le point commun est d’envisager l’avenir. Les entreprises innovent. Les artistes proposent d’autres manières de voir le monde.”
Pour l’édition 2012, sont invités une quarantaine d’artistes autour du thème des pionniers. Ensemble, ils inaugureront  le nouveau siège du Frac Bretagne (Fonds régional d’art contemporain) et le Newway Mabilais, l’ancien centre régional des télécommunications. Près de 100 000 personnes sont attendues.

Par Anne-Claire Loaëc

Photo Emmanuel Pain

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