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Qui Fait la Bretagne ?

Le premier "Who's who bretons" voit enfin le jour. Basé sur des centaines de portraits rédigés depuis 2005 par nos journalistes, nous mettons ces ressources à votre disposition. Entrepreneurs, scientifiques, sociologues, politiques, etc… Découvrez les hommes et les femmes qui font la Bretagne.

Bienvenue où le soleil n'existe pas

01/07/2012
Le clip de Bienvenue chez les Bretons de Jean Floc’h et Grandpamini réalise un carton sur Internet. Il est à la fois branque, décalé, d’une parfaite autodérision, mais tellement authentique.

Il y a mille façons de parler de la Bretagne. Par la musique, les livres, l’image, la danse, le cinéma, le travail universitaire… Y en a-t-il une qui prime sur l’autre ? Vaste question. Mais parfois, certaines représentations de la Bretagne, plus justes, plus pertinentes, apparaissent comme une évidence. Le clip de Bienvenue chez les Bretons est de celles-là. Oui, bien sûr, ces cinq minutes de délire alcoolique sur fond de rap ne peuvent être comparées à une invitation à suivre le chemin des plus grands écrivains sur les routes du Finistère ou à s’émerveiller à la découverte des plus grands sites mégalithiques du Morbihan. Là n’est pas le sujet. Chacun son style et ses envies. Mais, avouons-le, ce petit clip donne une image de la Bretagne d’aujourd’hui comme rarement cela a été le cas. Celle d’une Bretagne festive, familiale, joyeuse, accueillante et totalement assumée, où se mêlent des mômes, des anciens, des jeunes, des plus tout jeunes, qui n’expriment qu’une envie : celle d’afficher ensemble leur fierté d’être Breton.

Degemer mat
La réussite de ce clip repose, entre autres, sur la multitude de détails qui émaillent ces images. Au bout de quelques plans où de drôles de gueules défilent, on lit ainsi soudainement une phrase écrite sur ce qui ressemble à un sac à patates : “I’m not french, I’m breton”. Pas banal. Cette phrase, relatée en 2005 dans Bretons, rappelons-le, a valu à Patrick Le Lay une volée de bois vert de la part du milieu politico-médiatique bien-pensant. Puis, deux gugusses apparaissent soudainement. Bonnets vissés sur la tête, lunettes de soleil, moustache et barbichette pour l’un, barbe pour l’autre. Voici Jean Floc’h, le Breton, et Grandpamini, le Parisien, son copain invité pour l’occasion à découvrir notre belle région. “Le ciel se couvre”, balance Grandpamini. Et c’est parti pour un road-movie qui nous mène des quais de la gare Montparnasse vers la pointe de la Bretagne.
Et on démarre avec eux. Ou plutôt, on tente de s’accrocher ! À ce qu’on peut. Les images et les paroles défilent. Tout nous met en équilibre instable. C’est à la fois complètement foldingue, terriblement juste et totalement dans l’autodérision. Du grand art.
Les images font tilt. Le TGV fonce. Nous aussi. Nos olibrius n’oublient pas le panneau Degemer mat du péage de La Gravelle. Ah, ce panneau, dont la vision plonge certains dans des états seconds, comme foudroyés par l’émotion. Nous voilà rassurés, à ce petit détail, nous savons que nous sommes entre de bonnes mains.

“Contrôle biniou”
“Cap sur la Bretagne et son alcoolémie”, nous annonce alors Grandpamini. Et hop, nous voilà bien au chaud dans un bar. Celui de Bébert. Mais pas n’importe quel bar. De ceux qu’on ne trouve qu’en Bretagne, où se mêlent dans un joyeux bordel toute la famille : enfants, parents, ados et jeunes en virée. C’est gai, ça rigole. Ça se passe au Keltia, à Quimper. Cela aurait pu être au Bar des Sports de Carantec, au Tour du monde de Brest ou dans une centaine d’autres bistrots de caractère. L’ambiance est chaude. Jean Floc’h nous prévient : “Prépare-toi au contrôle biniou/T’inquiète, les flics ont trois grammes d’avance sur nous”.
Et nos deux lascars enchaînent leur kan-ha-diskan de branques. Extraits : “Breizh, la Bretagne ça nous gagne/Breizh, le ghetto à la campagne/Ici, c’est Bogota, bienvenue où le soleil n’existe pas”. Notre Parisien est alors aux anges : “Oublie ta crème solaire et prends ton ciré/Chapeau rond les Bretons/J’viens de déménager/Fest-deiz, fest-noz moi j’reste jusqu’à la fin/Ma nouvelle vie a un putain de goût de sarrasin/Kig ha farz et imper c’est trop la bringue/T’inquiète que maintenant j’suis un Bigoudingue !”

“Kenavo Président”
Ça déconne, oui, mais le fond est là. La Réunification ? Elle apparaît au bout d’un invraisemblable couplet : “Viens, j’te casse les dents dans le Morbihan/j’suis le Terminator des Côtes-d’Armor/T’es mort et j’t’enterre à Saint-Nazaire/j’te brise en deux à Saint-Brieuc”. L’autonomie ? Ils l’annoncent : “On met un grillage et on se barre de la France/Kenavo Président, c’est l’indépendance”
Et nous voilà, hilares, au bout de ces cinq minutes de vrai/faux rap qui nous ont bringuebalés au rythme des clichés qui s’enchaînent : le kouign-amann, le pâté Hénaff, le chouchen, le cidre, la galette… (“T’as raison Loïc, fais chauffer le billig”). Des clichés, vraiment ? Non, des éléments qui nous constituent en tant que Bretons et que notre duo de baltringues a su mixer, de façon très folklo, certes, mais assez fulgurante.

Par Didier Le Corre

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