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Qui Fait la Bretagne ?

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Jean Floc'h : Un son ouest coast !

01/07/2012
Vu plus de 600 000 fois sur le net, le clip de Bienvenue chez les Bretons fait fureur. Son auteur, un certain Jean Floc’h, est un Landernéen exilé à Paris.

C’est un clip comme le web en génère chaque jour des milliers. Ça démarre sans son. Plan par plan quelques gueules défilent. Des jeunes, des moins jeunes. Jusqu’à ce que le hip-hop prenne ses droits. Jean Floc’h et Grandpamini, s’embarquent alors dans un rap de cinq minutes qui nous mène de la gare Montparnasse jusqu’en Bretagne.
De la Pointe Saint-Mathieu à Carnac en passant par Landerneau, Carhaix et Le Conquet, les deux rappeurs distillent leur flow à travers une Bretagne émaillée de “bars clandos” et d’autres lieux interlopes. C’est rempli de clichés, de poncifs en tout genre : cidre, chouchen, pâté Hénaff, soirée Miss Bigoudène et mauvais temps (“Ici c’est Bogota, bienvenue où le soleil n’existe pas”). Mais ça fonctionne terriblement. C’est drôle, c’est efficace et surtout ça ne se prend pas au sérieux. Le style n’est pas sans rappeler Fatal Bazooka, le rap parodique de Michaël Youn.

Autodérision
Résultat : ça cartonne. Mise en ligne le 23 mai sur YouTube, la vidéo s’est propagée à vitesse grand V grâce aux réseaux sociaux. Elle a été vue 56 000 fois en 24 heures, 150 000 fois en 48 heures, 350 000 fois en une semaine. Aujourd’hui, elle totalise plus de 600 000 “vues”. On retrouve également le titre en téléchargement sur iTunes.
Tête pensante de Bienvenue chez les Bretons, Jean Floc’h – Charlie Besnard à l’état civil – est un Landernéen de 28 ans en exil à Paris. “Il faut venir de Bretagne pour parler comme ça de la région, avec tant de clichés et d’autodérision”, explique-t-il. À la ville comme à l’écran, Jean Floc’h arbore le même maillot du Stade Brestois floqué du numéro 29, et cette même panoplie : écouteurs, casquette et grosses lunettes noires. Ne lui manque plus que le ciré jaune pour être tout à fait raccord avec le clip.  
Le rap, il a toujours adoré ça. Très tôt, il est tombé dans Snoop Doggy Dogg, Dr. Dre et 2Pac. Paris, il y a atterri par nécessité. L’histoire est banale : après une enfance “Ouest Coast” de Plougastel à Landerneau et des rêves de devenir comédien, il “monte” à Paris à 19 ans. Là, il prend des cours de théâtre à l’école Côté Cour, puis enchaîne les figurations et les petits rôles, notamment dans Ben Hur au Stade de France ou à Groland. Il rencontre aussi un certain Juan, alias Grandpamini, DJ, MC et collaborateur du site Internet 10minutesaperdre.fr. Ensemble, ils écrivent un premier rap, Mr. Liu, qui rencontre un succès honorable sur le net.  

“La Bretagne, c’est fédérateur”
À l’automne dernier, Jean Floc’h tient une nouvelle idée : un morceau en hommage à “sa” Bretagne. Banco, lui dit son acolyte. Une fois le titre écrit, il faut ensuite composer une musique, tourner le clip et surtout financer le projet. Le Landernéen applique alors le système D. Il réunit 2 000 € (1 300 de sa poche et 700 collectés via un site participatif), sollicite son réseau pour la composition, la réalisation du clip et les figurants, puis il met le cap sur la Bretagne. Le clip sera tourné en trois jours, du 28 au 30 avril dernier. Un mois plus tard, la vidéo était sur YouTube.
Jean Floc’h ne s’attendait pas à un tel plébiscite. Aujourd’hui, il tente de l’expliquer. “Parler de la Bretagne, c’est fédérateur. Les Bretons sont fiers de leur culture et de leurs origines. Moi, je suis un expatrié. J’ai aimé encore plus la Bretagne quand je l’ai quittée. J’aime Paris, mais la région me manque. J’aime la Bretagne, c’est chez moi, j’aime quand on en parle. Pour la majorité des Bretons, c’est pareil”.
Pour la suite, Jean Floc’h a déjà quelques idées. “Si des mecs dans le Pays Basque, en Corse, en Auvergne ou chez les Chtis veulent faire un son bien de chez eux, s’ils sont prêts à faire un featuring avec moi, on pourrait discuter. Ça pourrait être un truc cool, genre : réveil des provinces !”. En attendant, il sera, avec Grandpamini, le 6 juillet à Quimper, chez Faty Bonheur, et le 7 à Brest, à La Guarida, pour deux “live bigoudingues”.
Dans Bienvenue chez les Bretons, il est aussi fait référence à l’indépendance (“On met un grillage et on se barre de la France/ Kenavo Président, c’est l’indépendance”), et à la question, toujours clivante, de la Loire-Atlantique en Bretagne. Jean Floc’h prévient : il ne revendique rien. Rien à part le goût de la déconne. “Tout ce que je revendique, c’est de rire. Tout ça, c’est juste pour se marrer”

Par Alexandre Le Drollec
Photos Emmanuel Pain

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