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Qui Fait la Bretagne ?

Le premier "Who's who bretons" voit enfin le jour. Basé sur des centaines de portraits rédigés depuis 2005 par nos journalistes, nous mettons ces ressources à votre disposition. Entrepreneurs, scientifiques, sociologues, politiques, etc… Découvrez les hommes et les femmes qui font la Bretagne.

Sam Sunyk : De Port-Haliguen à Malibu

01/07/2012
Parti du Tennis Club de Quiberon, Sam Sunyk entraîne désormais Victoria Azarenka, une des meilleures joueuses de tennis du monde, sur la côte ouest des États-Unis. Avec ses propres standards.

Comme le veut sa légende, il arrive avec de grosses lunettes de soleil. Nous sommes en plein
Roland-Garros, Sam Sunyk loue pour la semaine un appartement du 17e arrondissement chic et promène sa silhouette de loup de mer dégingandé sur l’avenue Wagram en short-basket. Au moment de l’interview, Victoria Azarenka, la joueuse biélorusse dont il dirige la destinée, occupe la première place du classement mondial. Autant dire que Sam est un sportif. Né à Lorient, éclos sur “le caillou”, comme certains surnomment la presqu’île de Quiberon, Sam donne rendez-vous à l’heure de l’apéro. Il n’a pas commandé un Perrier. Prenez un membre du haut niveau mondial, aseptisé et soupesant ses mots pour ne pas déplaire à on ne sait quel sponsor : Monsieur Sunyk est exactement l’inverse. Il confiera néanmoins se méfier de la presse sportive. Pas d’une revue bretonne.

“Pas de raison de faire le malin”
Le contre-pied remonte à loin. À l’âge où ses amis se levaient pour la première fois sur une planche de surf sur les vagues qui font la réputation de cette bande de terre de la Bretagne-Sud, il fait déjà office de professeur, au Tennis Club de Quiberon, pour adultes moins bien naturellement disposés avec les raquettes. Sam n’échafaude aucun plan de carrière, mais passe quand même son brevet d’état. Si on peut gagner sa vie en jouant... Lorient l’engage comme entraîneur. Beaucoup de choses ont changé depuis qu’il vit aux États-Unis ? “Non. Au lieu d’enseigner le tennis à des gamins, j’enseigne à une nana”. Accessoirement membre du Top 5 mondial et résidente, comme lui, d’une Californie ensoleillée toute l’année. À Calabesas, pas loin de Malibu, le Quiberonnais s’est acheté une maison. Sans piscine : il préfère nager dans la mer. Le besoin d’espace, donc. Et de mouvement.
On n’imagine pas à quel point les joueurs de tennis professionnels et leur entourage ne dorment  jamais chez eux. L’année commence à Melbourne pour l’Open d’Australie, et la suite se décline entre Dubaï, l’Europe, la Chine, et l’Amérique. Ça tombe bien pour celui qui aime “être dans des endroits où les nationalités se mélangent” et qui ne mégote pas son plaisir : “Je prends tout comme un privilège. Il n’y a pas de raison de faire le malin... Je suis juste heureux d’être là”. Il est écrit partout que la Fédération française de tennis n’a jamais su lui proposer de contrat à la mesure de ses compétences, rétrospectivement indiscutables.
Le sentiment de revanche fait-il donc partie de ses moteurs ? “Ça n’a rien à voir avec Patrice Hagelauer”, entame-t-il, sans qu’on ait évoqué le nom du directeur technique national. “Eux m’offraient vingt-cinq à trente semaines de boulot par an, mais moi, je voulais bosser cinquante-deux semaines. Ce n’est pas leur faute”.
Sam s’en est donc allé prodiguer ses méthodes au bout de l’horizon qu’on distingue lorsque l’on est posté sur la pointe quiberonnaise. “Un entraîneur est forcément un guide”, explique l’homme que le milieu décrit comme assez dur avec sa joueuse. Un guide qui ne sert pas qu’à apprendre comment servir ou monter au filet ? Réponse en forme de question, implacable : “Est-ce que vous pensez sérieusement que Pep Guardiola (l’ex-entraîneur du FC Barcelone, ndlr) ne parle que de football avec Lionel Messi ?”. Poursuite de l’auto-description : “Quand on touche au très haut niveau, tout grain de sel doit être analysé. Et résolu. Après, avec “Vika”, on travaille très bien ensemble, mais je ne serai jamais dans l’émotionnel. Elle a aussi des soucis de nana de 22 ans, et je ne suis pas toujours la bonne personne pour m’en charger. Je suis là pour faire un travail. Pas du baby-sitting”. Ni pour chercher une vie sociale... “Mes amis, ce sont les gens de Quiberon et de Lorient. Quand on se retrouve, on allume le charbon de bois, et la côte de bœuf commence à griller. On ne remplace pas des amitiés de trente ans par une histoire de deux ou trois ans”.

Manger des fruits de mer avec Kersauson
Sam Sunyk ne rêve pas de tennis. D’ailleurs, tout est dit quand il affirme : “Je ne regarde pas souvent ce sport. Par contre, je regarde Roger Federer”. En lieu et place de tel ou tel compétiteur de l’ATP, il rêverait de rencontrer l’acteur Russel Crowe, le surfeur Laird Hamilton, le Dalaï-Lama. Et Olivier de Kersauson, avec qui il rêverait de manger des fruits de mer : “Quand je l’écoute, moi qui n’y connais rien à la voile, j’ai envie d’aller sur un bateau dans les cinq minutes qui suivent.” Sam repartira de l’entretien avec Bretons avec le numéro de l’attachée de presse du Cherche-Midi, l’éditeur du marin, qui parviendra à les mettre en contact. Il y a quelques années, il était ressorti sous le charme d’une rencontre avec une certaine Madame Echerman, artiste-peintre de Quiberon.
Car Sam plane. Et aime planer. Il confie faire souvent, pardonnez-lui l’anglicisme, des “day dreams” : “Ce sont des envies très fortes et soudaines, où vous avez quinze idées à la seconde, des situations où vous êtes avec quelqu’un et où votre esprit est ailleurs”. Quelque part entre Port-Haliguen et Malibu.

Par Tugdual Denis

Photo Emmanuel Pain

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