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Qui Fait la Bretagne ?

Le premier "Who's who bretons" voit enfin le jour. Basé sur des centaines de portraits rédigés depuis 2005 par nos journalistes, nous mettons ces ressources à votre disposition. Entrepreneurs, scientifiques, sociologues, politiques, etc… Découvrez les hommes et les femmes qui font la Bretagne.

Inès Le Bihan, surdouée du design

01/07/2012
Toujours étudiante, Inès Le Bihan bénéficie déjà d’une réputation internationale dans le milieu du design. Rencontre avec une jeune femme de 22 ans déterminée, promise à un brillant avenir.

Ne dites pas à Inès Le Bihan que quelque chose est impossible, elle pourrait bien mettre toute son énergie à vous démontrer le contraire. C’est simple, elle a envie de “tuer les gens qui disent à l’avance que quelque chose ne va pas marcher. Qu’est-ce qu’ils en savent s’ils n’ont pas essayé ?”. La demoiselle, originaire de Combrit, est du genre têtue et à ne se déclarer vaincue qu’après avoir mené bataille.
Ne comptez pas sur elle pour étaler ses titres de gloire. Quand on lui demande ce qu’elle a fait depuis son retour de Shangai, où elle a passé l’année scolaire, elle répond modestement qu’elle a présenté un de ses projets au salon Jardins, Jardin aux Tuileries. Mais encore ? N’a-t-elle pas été récompensée ? “Oui, c’est vrai, j’ai reçu le prix Philips pour Ardent, un prototype de lampe à planter qui prend vie en fonction de l’utilisation qui en est faite”. On pourrait croire à de la désinvolture, il s’agit plutôt d’une volonté de ne pas s’emballer, de garder les pieds sur terre. “Le succès d’un projet est imprévisible. J’en développe tous les jours. Pour un qui fonctionne, il y en a plein qui restent dans les cartons”.

“J’avais un peu honte d’être là”
Elle  s’étonne d’ailleurs toujours de sa première réussite : des couverts comestibles, imaginés en première année d’école, avec son camarade Ronan Le Vacon. “L’idée était hyper simple : fabriquer une cuillère en sucre pour remuer le café”. Simple peut-être, mais personne n’y avait jamais pensé. Le concept séduit la bourse Ashoka, un réseau mondial d’entrepreneurs, et tout s’enchaîne. “MTV est venu filmer un repas test avec toute la gamme de couverts mangeables dans le café nantais Carrément Gourmand. À la fin du repas, il ne restait plus rien sur la table”, sourit-elle. Le binôme est ensuite invité à présenter ses produits lors d’un forum international à Boston. “J’avais un peu honte d’être là. Notre projet est simplissime, alors qu’on était à côté de gens qui avaient inventé des vaccins !”. Qu’importe, ils reviennent avec, dans leurs bagages, un prix de l’innovation et de l’environnement.
Depuis 2010, elle travaille avec un autre camarade, Thomas Droze, sur une piste cyclable en kit. “C’est une sorte de puzzle, composé de grosses pièces, qui permet de dérouler une piste rapidement, de la déplacer aisément sans trop de contraintes techniques”. Le principe a beaucoup plu à la région Picardie qui soutient financièrement la phase de développement. “Il y a encore des améliorations à apporter, notamment en terme de résistance. Mais ce qui est intéressant, c’est que l’on a pu la confronter aux obstacles urbains”. Un prototype a été présenté à Berlin et les étudiants ont reçu un prix.
Lors de cet évènement, la jeune femme est remarquée par la fondation Belinda Stromach, qui lui propose de représenter la France lors du Girls 20 Summit 2010, contre-sommet féminin du G20 de Toronto. “C’était très impressionnant. Il y avait beaucoup de conférences de gens importants sur le rôle des femmes dans l’économie. Les autres participantes avaient toutes prévu des présentations très sérieuses. Pas moi. Mon seul but était de rendre mon intervention intéressante”.
La décontraction d’Inès Le Bihan étonne et tape dans l’œil d’une représentante de la marque Dove. “Elle m’a demandé de tourner quelques images pour la campagne Self-Esteem Fund, la fondation de la marque qui promeut tous les types de beauté”. Après quelques hésitations, elle accepte. Au final, la publicité est diffusée à l’occasion du Super Bowl, l’évènement sportif le plus suivi aux États-Unis, retransmis dans 230 pays. “C’est dingue”, se contente de déclarer la Finistérienne.
Elle n’en oublie pas pour autant ses études et passe quelques mois de stage auprès de l’architecte de la lumière Yann Kersalé. L’influence du maître n’est pas loin dans le projet de ligne lumineuse de tramway dans lequel elle se lance avec Thomas Droze quelque temps plus tard. “L’objectif est de sécuriser les déplacements autour d’une ligne de tramway. La ligne lumineuse épouse le tracé. Elle passe au rouge lorsque le tramway arrive et repasse au bleu lorsqu’il quitte la station”, présente-elle, en oubliant encore une fois, de citer le prix du Concours Lamp, reçu à Barcelone.

Une persévérence à toute épreuve
L’année dernière, l’apprentie designeuse n’a qu’une seule idée en tête : effectuer un stage dans la prestigieuse agence de design japonais Nendo. “Ils font des choses beaucoup plus belles que ce qu’on peut faire ailleurs. Chaque objet raconte une histoire. Ils ont un sens du détail unique. Surtout, c’est l’une des rares agences au monde qui ne sort pas un projet s’ils ne le trouvent pas parfait. Et puis leur rendement, avec quatre produits réels finis par mois, est extraordinaire”. Une école hors d’atteinte. “Ils refusaient de prendre quelqu’un qui ne parle pas japonais”. Personne ne sera étonné d’apprendre qu’elle a décroché le stage : “Je leur ai envoyé plusieurs candidatures et j’ai été à leur rencontre à Milan. C’est après avoir écrit un billet à leur honneur sur mon blog qu’ils ont fini par accepter”.
Après avoir enchaîné avec quelques mois à Shangai, il lui reste encore une année d’étude à l’École de design Nantes/Atlantique. Impossible, dit-elle, d’envisager son avenir dans dix ans, même cinq ans. “Je ne sais pas. J’aimerais aller aux États-Unis où il y a plein de bonnes agences”. Une seule certitude, Inès Le Bihan continuera à faire parler d’elle. Ne serait-ce qu’au début de l’été, puisqu’elle est invitée à présenter ses projets lors de la plus importante conférence européenne sur l’innovation numérique, Digital Life Design, à Munich. À 22 ans.

Par Anne-Claire Loaëc

Photo Emmanuel Pain

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